Vendredi 17 juillet 2009
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Chapitre Un
Gaël avait les yeux rivés sur son écran d’ordinateur depuis des heures. Il se souvenait de l’époque lointaine d’internet et des réseaux sociaux d’envergures universelles ; il était alors tout
gamin. Depuis le crack down informatique de 2012, la plupart des ordinateurs étaient devenue inutilisable ; on avait dès lors dû relancer la production d’une ancienne technologie, que le
conglomérat Métra avait réussi à ressusciter et améliorer. Le réseau MaxiTel permettait aux usagers de consulter des bases de données sur des bornes publiques ou des terminaux privés à domicile
pour les plus aisés. La résolution des écrans était minimale mais suffisante pour y lire les informations essentielles. Cependant le contraste affaibli des moniteurs monochrome fatiguait très
vite le confort visuel, et on devenait vite sujet à violents maux de crâne au bout de plusieurs minutes consécutives. De plus les informations y étaient systématiquement filtrées voire censurée
par le Parlement.
C’est justement sur le Parlement que portait les recherches de Gaël. Après le « don de l’Indépendance » faite aux Bretons par Quéméré lui-même en 2014, il avait fallu mettre en place un système
politique et administratif qui tienne la route et qui soit suffisamment démocratique pour recueillir l’approbation du Peuple. On état vite à ce constat que la Bretagne si elle était indépendante
et protégée de la folie qui régnait à l’extérieur de ses frontière, se devait d’être un modèle pour les autres pays, lorsque l’Histoire reprendrait son cours normal. On avait dès lors décidé de
garder plus ou moins les instances de l’ancienne République. Le pouvoir était divisé entre un Parlement rassemblant des députés de tous les cantons qui siégeait dans l’ancien palais du Parlement
moyenâgeux de Rennes et un Conseil National qui tenait lieu d’exécutif, composé des Préfets des neuf départements actuels et d’un Président élu par les grands électeurs, à savoir conseillers
municipaux et maires, officiers de Justice, membres du Parlement et amiraux. Le peuple élisait ses députés et conseillers municipaux, le Parlement désignait les Préfets. Ca s’était pour la
théorie, et sur le papier tout semblait fonctionner à merveilles.
La réalité était bien différente. Le Président et les Préfets étaient virtuellement désigné s par la vraie instance dirigeantes : les conglomérats industriels, et parmi ceux-ci, Jean-Yves Quéméré
tirait la plupart des ficelles. Le président était plus ou moins un homme de paille, et les Préfets pour la plupart des cadres des conglomérats qui obéissaient aux instructions des conseils
d’administrations des groupes financiers et industriels. Ils avaient plein pouvoir pour laisser le Parlement discuter pendant des heures sur des lois aussi inutiles qu’incompréhensibles. Pour le
reste, les résolutions exécutives étaient prises par eux-mêmes, et dans l’immense majorité des cas elles ne servaient que les intérêts des conglomérats.
Gaël, qui avait jadis eu son diplôme d’informaticien, faisait ces recherches afin d’approfondir ses connaissances dans le domaine institutionnel. Non pas qu’il avait des prétentions politiques,
mais il souhaitait intégré une administration quelconque afin d’assoir son statut social. Un fonctionnaire d’état, en ces temps troublé, pouvait subvenir aux besoins de toute une famille avec ses
seuls revenus. Sans compter les pots de vin et commissions occultes dont il avait entendu parler à maintes reprises.
Et puis, avec un tel poste, il pourrait très certainement être au fait de nombres de magouilles et collecter des informations vitales qui pouvaient se monnayer très cher sur le marché noir du
renseignement industriel.
Lui et ses potes se faisaient parfois des extras juteux en bidouillant certaines bases de données jugées inaccessibles et protégées. Leur plus gros coup avait sans doute été la fois où ils
avaient réussi à obtenir les codes d’accès à l’Arsenal de Lorient pour toute une semaine. Il avait ainsi pu falsifier des laisser passer et les vendre une fortune au marché noir à des trafiquants
et espions en tout genre. Ca leur avait permis de se payer toute une année d’alcool et de gandjine, cette drogue next gen, aussi synthétique que paradisiaque. En y repensant, ils auraient pu se
faire encore plus d’écus en la revendant au lieu de la sucer jusqu’au dernier cube.
Gaël sentit un courant d’air dans son dos. Aussitôt il se redressa, ce qui le sorti immédiatement de la torpeur dans laquelle il s’enlisait peu à peu. Un fusilier venait d’entrer dans la
bibliothèque municipale. Ces salauds là avaient toujours eu la belle vie depuis des siècles. Quand Quéméré leur proposa de faire sécession et de rester servir ses intérêts, ils avaient tous été
naturalisés et vus attribuer encore plus de privilèges. Désormais ils avaient remplacé la Police et était devenu le bras armé du Conseil National. Ils étaient flics, douaniers, militaires,
pompiers et on leur avait même confié l’administration des hôpitaux publics. En fait ils espionnaient et surveillaient le peuple pour le compte de Quéméré et des autres du même acabit.
Gaël fit profil bas et se replongea dans la lecture de son article. Mieux valait croiser au large de ses têtes brûlées si on ne voulait pas finir au bagne pour le reste de la semaine. Les gardes
à vues étaient devenues des procédures administratives communes et les patrons se faisaient un malin plaisir de ne pas rémunérer les jours passé à l’ombre, ce qui pouvait arriver régulièrement et
pour des motifs aussi futiles qu’incongru. Un jour Gaël avait passé trois jours d’affilée au bagne pour avoir été coupable d’outrage à officier ; un uniforme l’avait accusé d’avoir volontairement
empuanter l’air ambiant dans un cinéma à proximité de lui. Ce crétin de Loïk avait bel et bien eu une colique au cinéma ce jour-là, et c’ets pourtant lui qui avait fait les frais des intestins
indélicats de son ami. Jamais pu ils n’étaient allé au cinéma après un kig a farz.
L’article du maxitel finissait par faire un rapide énoncé des sièges géographiques des diverses Institutions. Il apprit ainsi, que Quimper avait été désignée pour être le siège du Conseil
National, après que Nantes ait été jugée trop dangereusement proche de la frontière de l’époque pour tenir ce rôle. C’était bien sûr avant la prise de Cholet et l’annexion d’Angers. L’amirauté
était quant à elle toujours basée au Château de Brest, forteresse historique des forces armées de tous temps. C’est sans doute pourquoi on trouvait ici plus qu’ailleurs des patrouilles de «
flicmar » comme on avait gardé l’habitude de les appeler.
Gaël sursauta d’ailleurs, quand celui qu’il venait de repérer un instant plutôt s’arrêta derrière lui pour lui poser sa matraque sur l’épaule.
« alors jeune homme, on potasse dur ? lui demanda le flic.
_ oui Monsieur.
_ Qu’est-ce que c’est ? t’es pas en train de pirater un des serveurs au moins ?
_ non ! Bien sûr que non ! Quelle idée !
_ le responsable de la bibliothèque vient de me dire que t’es là-dessus depuis deux heures au moins. C’est beaucoup ça, deux heures entières.
Gaël déglutit difficilement, le militaire le sondait de ses yeux de fouine. Il avait l’air assez futé pour un flicmar. Plus que bon nombre d’entre eux en tout cas. Il valait mieux ne pas essayer
de la lui faire à l’envers.
« Je… je suis en train d’étudier les inst…, bredouilla le jeune homme.
_ ouai ouai ! éloigne toi du terminal, je vais regarder ça moi-même. Recule. Lève tes mains du clavier. Doucement ! »
Gaël obtempéra de bon gré, pour une fois qu’il n’avait strictement rien à se reprocher. Mais cela n’était malheureusement pas un motif suffisant pour garantir son impunité.
L’uniforme dégagea Gaël du bout de son bâton puis pris place devant l’écran. Il parcouru l’historique des recherches et inséra une clef électronique dans le moniteur afin de remonter toutes les
opérations que le garçon avait effectuée sur la machine. Les flics avaient accès à bien plus d’outils informatiques que le commun des mortels. Avec une clef comme celle-ci, un type comme Gaël
deviendrait le roi du pétrole en quelques jours. Mais s’il se faisait prendre ça serait l’exil à coup sûr.
Il regarda le second-maître procéder sans bouger, n’osant faire aucun commentaire avant que l’autre n’est fini son inspection.
« dis-moi mon garçon, tu t’intéresse à la vie publique on dirait. Pourquoi ça ?
_ euh… C'est-à-dire que. En fait…, Gaël cherchait ses mots ; la simple présence de ce sale type le rendait nerveux.
_ oui ? Quoi ? Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? Je t’ai posé une question simple non ?
_ en fait je voudrais devenir assistant parlementaire. Ou quelque chose comme ça. Travailler pour la Bretagne en somme. Parce que…
_ ah ?! le flic émit un sifflement qui aurait pu paraitre respectueux s’il n’y avait pas eu tout cette franche ironie dans son regard. Et bien mon garçon, si tu veux te rendre utile pour ton
pays, tu peux toujours t’enrôler chez nous. Tiens étudie ça plutôt. »
Le flic lui plaqua une brochure sur la poitrine. Un recruteur. Gaël eut envie de soupirer de soulagement mais il se retint. Ces enfoirés patrouillaient parfois dans les endroits publics à la
recherche de jeunes recrues suffisamment désespérées ou serviles pour entrer dans la Marine. Gaël prit vivement le dépliant et fit mine d’y jeter un œil avec un regard vaguement intéressé.
« On a une réunion jeudi après-midi au centre de recrutement, rue Yves Collet. Hey gamin ! Je veux t’y voir hein ! compris ?
_ euh ! Oui oui m’sieur. »
Ce crétin ratissait large. A vingt-sept ans Gaël avait passé l’âge de se faire incorporé depuis longtemps. Il avait désormais trop de plomb dans la tête pour pouvoir encore avaler les couleuvres
servies par la propagande gouvernementale, aussi appétissantes fussent-elles. Il avait pris goût au reste de liberté qui subsistait dans ce monde. Et il avait prit goût au piratage et à la
gandjine. Mais surtout, il avait déjà choisi son camp depuis un bon moment ; il userait tous les moyens possibles pour pourrir la vie des conglomérats, y compris se faire passer pour un de leur
fidèle employé.
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