Samedi 17 mai 2008
J'ai mis en ligne une nouvelle galerie d'images sous le titre "insectes" : ce sont des photos que j'ai prise par ci par là, la plupart faites en repérant les fleurs de l'autre galerie. J'en rajouterai d'autres au fur à mesure de mes rencontres avec les animaux :-)

Je vais également rajouter des photos de fleurs prises avec un autre appareil numérique, prises sous certains  angles rapprochés. J'ai pas de  grandes prétentions dans ce domaine là, c'est juste pour m'amuser et mettre de la couleur dans le blog !

Merci encore pour vos commentaires à tous.



par dvb publié dans : Prise de contact (qui me parle?)
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Jeudi 8 mai 2008
Pour mettre un peu de couleurs dans cette odyssée verdâtre, je viens de mettre en ligne un premier album de photographies. Il s'agit de photos prises par Titia : uniquement des fleurs. C'est son délire de photographier les fleurs qu'on croise en se balladant. Je pense qu'on en rajoutera au fur et à mesure.

J'ai également commencé un nouveau projet de texte dont l'ébauche se trouve pour le moment ici : link

Je le posterai ici une fois terminé (peut être aujourd'hui peut être plus tard ...)




J'ai également ajouté des photos du Quartier de Recouvrance que j'ai rangé dans un album photo.

La plupart de ces photos sont issus de promenades solitaires à la découverte de la ville. C'est pas du grand art, c'est juste des clichés fait à l'APN mais bon... si vous connaissez pas le coin ça vous donnera un apperçu (pis au moins ça change des photos de soirées beuverie qui intéressent personne !!)
par dvb publié dans : Prise de contact (qui me parle?)
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Mardi 6 mai 2008
Bon voilà, j'ai mis quelques images par ci par là pour faire moins austère !!

Je pense que je m'atèrelai ensuite à la mise en page du reste du site (histoire de lui donner un bel aspect bien original et personnel)

J'ai également mis en ligne la première aventures des Quatre Garçons Sans Avenir, qui devrait donner lieu à deux autres textes au suspense tout aussi suspect !!

par dvb publié dans : Prise de contact (qui me parle?)
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Mardi 6 mai 2008
(vue du "tiéquar"  en attendant que j'illustre l'histoire par mes propres photos du lieu où ça s'est "réellement" passé)



Une ritournelle chantonnée par un ado. Quelque part dans une rue presque déserte d'un chef-lieu de canton breton.



« oh oh ! Bali balo ! Balibalo est un salaud !!!
_ ah ah ! ça me fait toujours autant rire quand tu chantes ce truc !!
_ sérieux tu connaissais pas avant ?
_ non j'avais jamais entendu ça avant que tu me la chantes.
_ c'est super connu pourtant ! Tiens vlà les autres. »

On arrivait Ren et moi à la vieille école maternelle de quartier où Chris et Rick nous y attendaient déjà. Cette école à laquelle nous n'étions jamais allé, puisque nous quatre, bien qu'habitant le même quartier depuis toujours, avions grandis séparés de quelques centaines de mètres les uns des autres et étions devenus amis « sur le tard » vers l'âge de treize-quatorze ans. En fait, on se connaissait tous plus ou moins de vue, et puis les choses avaient fait qu'on était devenus tous les quatre les meilleurs copains du monde par le biais d'un ami, commun, Ben, le cinquième pote, mais qui ne faisait pas partie de la bande des quatre, celle qui s'était résignée à se faire appeler « les quatre garçons sans avenir ». Ben, lui, avait déjà un avenir tout tracé, puisqu'il avait déjà sa copine et savait ce qu'il ferait quand il serait grand. Les autres ne se souciant pas de ce que leur réservait le destin, et préférant largement jouer à la pléstéchone les jours de pluie et au basket les autres jours, avaient tournés le dos à l'avenir, d'où leur nom !!

Ce soir là par contre il faisait beau, très beau même. Pour une journée du mois d'août c'était plutôt de bon augure. L'après midi on avait joué à un jeu de rôle, un de ce qu'on écrivait nous mêmes pour jouer entre nous. On y interprétait nos personnages préférés : moi le forgeron guerrier, Rick le Pirate, Chris le démoniste mort-vivant, et Ren... ben Ren en bon fils de catholique qu'il était, n'aimait pas trop ce genre de trucs. En fait il se méfiait du paranormal. Et nous ça nous faisait rire de le voir se dépatouiller à lancer des sorts à base d'eau bénite pour éloigner le mauvais oeil.

Mais ce soir là, il faisait beau, très beau, puisque c'était toujours le mois d'août. Et puisque le mois d'août il n'y avait pas plus à faire au quartier que le reste de l'année, on faisait la même chose que le reste de l'année : on allait jouer au basket dans la vieille école maternelle.

Le gardien, nous connaissait et savait qu'avec nous il n'y avait jamais de problèmes; en fait ça l'arrangeait même un peu : pendant qu'on faisait nos paniers, il n'y avait pas d'autres branleurs à venir picher des cannettes ou fumer du hash sous le préau. Faut dire qu'avec nos têtes d'enfants sages et nos sourires de chérubins, on était du genre à inspirer confiance. Ce qui nous ouvrait les portes de biens des terrains de basket.

Ce soir là on avait décidé de la jouer en « nocturne ». Après avoir dribblé et dunké tant qu'il y avait du soleil, la nuit et la fatigue tombant, on s'était assis sur les marches menant aux classes et on avait commencé à parler. De tout de rien. Rick et moi on fumait une cigarette, Chris s'empiffrait de biscuits et Ren, sirotant sa bouteille de coca, imitait un type bourré qu'il avait vu à Plougastel.

« Et il était où ton type à Plougastel ? Demandais Rick. Il était pas à la sortie du bourg près du Pont ? Il faisait pas du stop pour rentrer chez lui ?
_ ouai si exact ! Jte l'ai déjà raconté, s'interrogeait Ren.
_ non mais ptet qu'il faisait du stop dans l'espoir de voir ... la Dame Blanche. »

Rick avait parlé... Malgré tous les sinistres évènements de ces dernières années, il avait prononcé son nom. On se regarda tous alors à ce moment là. Un vent glacial se leva venant s'insinuer sous nos t-shirts humides de sueur, ce qui nous donna immédiatement la chair de poule et propagea tout aussitôt un vague malaise,

Je levais les yeux vers les arbres. J'avais entendu un bruissement une seconde plus tôt. Un oiseau noir me vit, puis s'envola dans le champ de bataille mauve et or du crépuscule. Le vent s'était tu et l'air immobile nous ramena le chant sinistre de l'oiseau.

« La Dame Blanche ! Merde Rick! Arrête tes conneries, prêvint Chris.
_ Toute façon c'est qu'une légende, dis-je, peu convaincu. Ca se sait que c'est qu'une légende. Ca se saurait sinon...
_ Ben ouai, confirma Rick. Tout le monde sait ça.
_ ouai ben va dire ça aux mecs qui l'ont vu tiens ! Répliqua Ren. Ma grande soeur, elle avait un pote dans sa classe de BEP coiffure...
_ il était gay ?! demanda Chris.
_ non je crois pas, j'en sais rien. Enfin c'est pas ça le propos ! Elle connaissait un gars. Ben ce type avait un cousin qui s'était suicidé l'année d'avant. Il s'était fait prendre en stop par la Dame Blanche.
_ arrête !
_ sérieux ?
_ il était gay lui aussi le cousin, s'interrogea Rick?
_ ouai ben depuis je veux plus rien savoir de la Dame Blanche.
_ mais, commençais-je. Je croyais que la Dame Blanche elle était là pour sauver les jeunes automobilistes qui avaient picolé au volant, pour les ramener sains et saufs chez eux.
_ ouai et à ce qu'il paraît elle crie très fort pour pas que tu t'endormes au volant, ou pour que tu tombes pas de la falaise, nous expliqua Rick.
_ non ! Tout ça c'est des conneries, avoua Ren. En fait la Dame Blanche c'est le fantôme d'une fille du début du siècle. Son mec est mort dans la tranchée pendant la guerre 14. Et elle a pas supporté que toutes les autres filles se marient avec leurs fiancés et pas elle. Alors elle s'est jetée de la falaise et depuis elle revient hanter les routes du département pour tuer les jeunes mecs. Histoire de se venger des filles qui veulent se marier.
_ et si les mecs sont gays, demanda Rick.
_ Moi ça me fout les boules, déclara Chris.
_ Moi à chaque fois que j'entends cette histoire j'en dors pas pendant des jours, dit Ren.
_ tu me files une clope, demandais-je à Erick.
_ t'en a plus ?
_ si mais plus beaucoup... »

Rick et moi, allumions une autre cigarette. En général il faut cinq minutes pour fumer une blonde. Et cinq minutes sans parler quand on est quatre... le calcul est vite fait : c'est long. Pas un seul de nous n'osa rompre le silence. Le soleil s'était couché, la lune brillait désormais à sa place. Un fin nuage passa devant elle. Il était fin et très long. Il annonçait ... je ne sais pas quoi, je ne voulais pas y penser. Je refusais d'y penser. Et je savais que mes potes ressentaient tous la même chose. J'entendis Chris se racler la gorge. Il tentât de dire quelque chose pour rompre le silence malsain qui s'était instauré entre nous. Ce silence lourd qui s'était érigé en règle d'or. Le briser n'aurait fait que raviver la peur qui l'avait fait naître. Une vision d'ectoplasme d'une blancheur vengeresse rôdait dans notre dos. Je frémissais à l'idée qu'une présence puisse nous observer dans l'ombre du préau. Une voiture passa à fonds de train dans la ruelle en face de l'école. Ses phares puissant filtrèrent à travers les buissons et les arbres de la cour de récré. Et leur rayon dessina d'étranges formes lumineuses sur nos rétines. Comme autant de danses fantomatiques qui nous narguaient où que nous posions nos regards apeurés.

Ce fût Rick qui parla en premier.

« Bon, il se fait tard ! Si on rentrait ?
_ ah ouai, répondis-je soulagé à l'idée de partir.
_ ouai allez on y va ! Se décida Chris.
_ hey ho !! rétorqua Ren, vous vous cassez tous les trois ensemble mais vous oubliez que moi je pars tout seul dans l'autre direction ! »

C'était vrai. Ren était l'unique d'entre nous à habiter du coté nord du quartier. Et il avait encore pas loin de cinq cent mètres à faire seul dans la nuit. Seul, vulnérable et facilement repérable. Son regard dur nous toisant tour à tour nous fit hésiter. Non! Nous ne pouvions pas le laisser rentrer seul. Il était ébranlé par cette histoire de Dame Blanche, et par solidarité nous ne pouvions le laisser affronter seul ses peurs. Au moins ca nous ferait peut être un instant oublier les nôtres.

« ok, on te raccompagne jusqu'à chez toi, décida Chris. Mais on se dépêche alors ! »

Nous nous mîmes en route sur le champs.

Le vent était revenu, et de sa voix infinie il ravivait en nous des frayeurs ancestrales. La Dame Blanche.. qui n'avait jamais entendu parler d'elle dans ce département. Elle était aussi connue que Merlin et tous les autres lutins du folklore local. Pourtant, elle, ne faisait rêver personne.

« En fait, commença Rick le long du chemin, suffit de pas s'arrêter quand on la voit, la Dame Blanche...
_ Rick ! Arrête ça tout de suite s'il te plait, tu fais peur à Ren, ordonnais-je.
_ Non mais ta cousine elle a vraiment connu un mec qui l'a vu la Dame Blanche, s'intéressa Chris.
_ ouai ! C'est ce que je vous ai dit, confirma Ren. Mais toute façon, comme dirait ma grand-mère, la Dame Blanche elle est pas dans la Bible, donc ya pas de raison d'y croire.
_ Ouai mais là y a des gens qui l'ont vu, argumentais-je.
_ C'est toi même qui nous le dit, rectifia Rick. Donc si on la voit...
_ Ok les gars, voulu conclure Ren. Je veux bien la voir pour y croire .... mais je veux pas la voir ! »

Le chemin était long. La lune nous abandonnait dans l'obscurité, allant se réfugier dans la brume épaisse et tiède des nuits d'été, alors que nous aurions bien eu besoin de sa clarté pour éloigner de nous les ombres menaçantes de notre quartier. Ô comme il nous paraissait désormais inconnu et plein d'incertitude ce quartier.

« Bon les gars. On y est presque. C'est sympa de m'avoir raccompagné. Ya plus que la venelle à traverser et on est chez moi. »

La venelle. Elle portait un obscur nom breton cette venelle, et avait la particularité de sembler provenir d'un autre âge et d'un autre endroit. C'était comme une fracture spatiotemporelle ouverte sur un hameau de campagne perdu dans le Menez-Hom du siècle dernier (bien que le Menez-Hom du siècle dernier devait ressemblait pas mal au même de celui-ci). Sur une centaine de mètres de pavés et de talus sauvages, s'entassaient une demi douzaines de vieilles bicoques au charme désuet, au milieu desquelles trônait un vieux puits au toit d'ardoises qui cherchait à refléter les rares lumières du ciel qui venait jusqu'à lui. Dans ce havre campagnard ménagé au coeur de la ville, le temps semblait s'être arrêté. Et devant nos yeux aurait pu se jouer le drame d'un ancien temps. Trois derniers pas nous firent cependant plonger dans l'effroi, quand dépassant la haute haie menant jusqu'à chez notre ami, nous la vîmes apparaître.
Drapée de blanc, les plis de son long vêtement bruissant dans le vent nocturne, elle nous attendait au milieu du jardinet. Lentement son bras se leva, elle pointait vers nous ce doigt crochu que nous n'aurions jamais voulu voir en cet instant. Et de sa voix caverneuse elle nous haranga :

« C'est à cette heure-ci que vous rentrez bande de ptits con ?!! Hey Ren ! T'aurais pas pu rentrer tes chats avant de partir ?! Ils arrêtent pas de gueuler à la porte et ils m'empêche de dormir !! allez ramasse moi tout ça et rentre te coucher.
_ oui Maman! Bon ben merci les gars, et bonne nuit.
_ Bonne nuit Ren, Bonne nuit Madame.
_ hey les gars ! En rentrant chez vous... Attention à la Dame Blanche!! »
par dvb publié dans : Les Quatre Garçons sans Avenir
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Samedi 26 avril 2008
Dans le Monde où je vis, la guerre et la destruction sont mon quotidien.

En ce Monde où je survis, il n'y a pas de place pour le doute ou la faiblesse. Et si j'en suis arrivé à être ce grand héros, c'est parce que j'ai su faire les sacrifices qu'il fallait : abandonner la quiétude de mon foyer, renoncer à un avenir tout tracé, et lutter contre CELLE qui vient me torturer toutes les nuits, lorsque le moment arrive, inlassablement, inéluctablement...

Dans ce Monde où j'ai choisi de vivre, je suis Ulricht, j'ai quatorze ans, et malgré mon jeune âge, une fois de plus je me rends sur ce champ de bataille.



« Attention ! Catapulte !!!!! ».

Aldrecht, notre chef, nous donna l'ordre de nous disperser afin que nous soyons moins vulnérables aux tirs ennemis. Je pris alors une partie des nos combattants sous mes ordres. L'objectif restait le même : faire tomber cette place-forte par tous les moyens. Nous n'abandonnerions sous aucun prétexte; nous étions venus pour la victoire et rien d'autre !

Alors que notre groupe d'attaque se faisait submerger par une vague d'ennemis venus nous attaquer par l'arrière, je fis volte face et hurlais des ordres à mes compagnons proches. Il fallait se débarrasser de ce bataillon. Si nous réussissions à le faire rapidement, la tour ennemie serait privée de précieux renforts suffisamment longtemps pour permettre à Aldrecht et aux hommes restés avec lui de la faire tomber.

Dans le fracas des épées heurtant les armures et les boucliers rougis du sang des braves, j'entendis au loin un cri sourd, comme venu d'outre-tombe. Une complainte sinistre annonciatrice de grands malheurs. Vite ! Il fallait faire vite. Car bientôt ELLE serait à nouveau là ...

Je redoublais de férocité pour vaincre nos opposants. Je voyais mes compagnons tomber un à un. Encore un peu. Il fallait que je tienne encore un peu. Aldrecht, pour l'Amour des dieux anciens, fais vite...

Ils étaient tout autour de moi. Cinq guerriers lourdement armés, s'avançant vers moi lentement mais sûrement. Je voyais à présent leurs sourires cruels. J'étais resté seul. J'avais tenu bon. Et malgré que nous étions bien moins nombreux qu'eux, moi et mes compagnons avions réussi à leur tenir tête... jusqu'à ce qu'il ne reste que moi. Et dans quelques instants j'allais mourir à mon tour. J'espérais juste que mon sacrifice ne serait pas vain; qu'Aldrecht et les autres avaient réussi à percer les dernières lignes de défense ennemies.

J'entendis alors encore une fois le hululement lointain. Cette longue litanie de désespoir. Je ne la connaissais que trop bien. C'était ELLE. Encore et toujours ELLE. Et bientôt ELLE commencerait à frapper. A frapper lourdement contre les parois de ce monde et à hurler encore plus fort, encore plus près de moi. Je me concentrais pour oublier sa voix un instant, car j'allais tomber sur le champ d'honneur. Une belle mort pour un soldat comme moi... mais avant j'avais encore une dernière bataille à livrer.

J'empoignais fermement mon épée et au moment où je m'apprêtais à me lancer vers mon destin, une autre voix, beaucoup plus familière et beaucoup plus amicale se fit entendre juste au dessus de moi :

« Attention catapulte !!! » c'était Aldrecht ! Il avait pris la tour ennemie et pointé la catapulte vers mes cinq antagonistes. J'eus juste le temps de me jeter à terre. L'instant d'après une pluie de débris s'abattit tout autour de moi. Aldrecht venait de terrasser les derniers ennemis et nous étions victorieux.. et moi bien vivant !

J'entendis alors tous mes autres compagnons hurler d'une seule voix notre victoire. Nous allions rentrer chez nous victorieux et à nouveau revêtus de gloire. Le roi nous accueillerait pour nous remettre de l'or et des gages de victoire.

Je suis Ulricht, j'ai 14 ans, et malgré mon jeune âge je suis un chevalier. Mes hauts faits guerriers sur les champs de bataille ont fait de moi une légende. Je suis Ulricht, je suis le bras droit de notre chef Aldrecht, et ce soir je rentre à nouveau victorieux vers notre capitale.

Et dans l'euphorie du chemin de retour, alors que je raconte comment je me suis battu à mes autres compagnons rescapés, j'entends à nouveau la voix sinistre. ELLE est comme une tourmente qui vient me hanter chaque jour. Son ombre vient ternir le goût de la victoire, me rappelant sans cesse que d'autres combats resteront toujours à livrer. Et inlassablement je l'entends cogner au loin...

Une sombre destinée me ramène à elle, comme un songe glacé et mortel qui m'enlasse et m'engourdit. Au revoir compagnons. Je vous laisse en ce pénible instant. Mais nous nous retrouverons bientôt, car ...


... Je suis Kévin, j'ai 14 ans, et ma mère frappe à la porte de ma chambre. Comme tous les soirs à l'heure du dîner. Et comme à chaque fois je dois me déconnecter de mon jeu pour affronter la triste réalité, froide, sournoise et écrasante de la normalité de mes contraintes sociales et familiales. Mais alors que mon père me sermonne et que ma soeur roule des yeux, au fonds de moi, je souris, car bientôt je retournerai dans le Monde où j'ai choisi de vivre. Bientôt je redeviendrai Ulricht, 14 ans, indéfectible chevalier d'un autre temps.
par dvb publié dans : fourre tout
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Samedi 26 avril 2008




« Reste pas là petit. Tu vois bien qu'on doit intervenir sur la voiture ! Allez va t'en ! Laisse nous faire notre boulot. »

Un des pompiers l'éloigne.

Il est là, devant la carcasse. Il pleure à chaudes larmes. Il ne sait plus pourquoi il a commencé à pleurer.

Est-ce à cause la joie soudaine qu'il a ressenti.
Ou alors juste l'instant d'après, quand il a pris conscience de son geste.

Il a la gorge serrée. Ca lui fait mal et ça l'empêche de respirer, comme un caillou coincé.

Il regarde. Il voit un pompier sortir un enfant. C'est l'autre. Il est vivant. Des policiers s'approchent de lui. Dans quelques instants l'autre le montrera du doigt. Les policiers viendront alors le chercher.

Il pleure de plus belle. L'idée de fuir lui traverse la tête. Mais il sait que c'est inutile. On sait qui il est de toute façon. Et ce qu'il a fait.


Le gamin repense à ce matin. Il a trouvé une pierre en venant à l'école. C'est un beau caillou. Il a de petits points brillants, et aussi des cristaux de couleur. Il aime bien cette pierre. Il l'observe tranquillement, et imagine que c'est une sorte de talisman. Peut être que ce caillou recèle un pouvoir magique qui le protègera contre les méchants.

Il joue avec son talisman. Mais l'autre vient le lui arracher des mains. Violemment, comme à chaque fois. Et avant qu'il n'ait pu réagir, les deux copains joufflus de l'autre le tiennent fermement , l'empêchant de bouger. Comme à chaque fois.

« Qu'est-ce que tu comptes faire avec ce caillou ? Hein ! Réponds-moi, idiot du village ! »

Tout le monde rit. Une petite foule s'est déjà réunie autour de lui. Il va à nouveau être l'attraction de la récréation.

« Alors ? réponds ! Tu comptes faire quoi avec cette pierre ? Tu vas la jeter dans la vitre de la classe, c'est ça ? »

L'enfant ne répond pas à la provocation. Il sait que quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, ça ne fera qu'empirer sa situation. Alors il se tait. Comme à chaque fois.

« Bon puisque tu ne réponds pas on va te torturer jusqu'à ce que tu nous le dises. NOUS AFFONS LES MOYENS DE FOUS FAIRE PARLER !! »

De nouveaux rires. Cruels, enfantins.

«Ca y est ? Tu avoues ? C'est bien ça que tu essaies de faire ? Lancer des pierres sur les voitures ? Et bien je vais le dire à la maîtresse alors. »

De nouveaux coups, de nouveaux jeux. Cruels, enfantins.

Mais cette fois-ci s'en est trop. Il n'en peut plus. Il se met à pleurer. Cette fois-ci c'est la dernière fois. Comme à chaque fois.

Alors l'enfant, dans son abominable colère hurle à l'autre : « Cette pierre je vais la lancer sur ta mère pour la tuer. Comme ça tu souffriras encore plus que moi !! »

Il ne ressent plus rien; la détresse s'en est allée. Il ne reste plus que la haine.






L'enfant se souvient de ce matin. Il repense à l'autre lui lançant un caillou en plein visage. Il revoit la tache de sang sur sa manche.

Il se souvient du moment où il dit à l'infirmière qu'il s'est cogné en jouant. Comme à chaque fois.

Il se rappelle aussi le moment où il a vu l'autre repartir de l'école dans la voiture de sa mère,
Et aussi le moment où il a lancé la pierre contre la voiture.

Ce caillou qu'il aime bien.

Il ne pleure plus.

Il sourit quand on le montre du doigt.
par dvb publié dans : dark side
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Samedi 26 avril 2008










Ça n'est pas ma mère !!

Une cour de récréation un midi.

Les gamins couraient et hurlaient comme à leur habitude. Vraiment, comment pourrait-il supporter ça encore trois mois. C'était son deuxième mardi. Lui, Gilles Jaskly, professeur émérite de lettres classiques à l'Université, en était arrivé à surveiller des moutards dans l'école primaire d'un sordide chef-lieu de canton provincial. Voilà ce qui arrivait quand on voulait à tout prix faire bonne figure devant « sa vie sociale ». Quand sa fille aînée lui avait demandé de la remplacer quelques semaines en tant qu'instituteur dans son école, il avait répondu un peu vite. Sans doute parce qu'il s'était laissé emporté par la grande nouvelle. Il serait grand-père d'ici quelques mois. Le reste ne comptait plus tant il était ému. Elle tenait bien de sa mère cette petite !! Elle l'avait bien eu surtout !!! Du coup le voilà qui se retrouvait à surveiller les recoins de cette cour de récréation, à l'affût du moindre coup pendable que préparait ces mioches. Forcément tout le monde était ravi d'accueillir un professeur de sa trempe à l'école Notre-Dame de Saint Pétaouchnok.

Ça n'est pas ma mère !!!!

Enfin, il se disait que ça pouvait être une expérience intéressante que de revenir « aux sources » de l'éducation. C'était comme de mettre les mains dans le cambouis. Et puis si il réussissait à instiguer le goût de la lecture et des études à ces chères petites têtes blondes peut être aurait-il la joie d'en voir un ou deux sur les bancs de sa fac d'ici qu'il prenne sa retraite. En attendant...

Ça n'est pas ma mère !!!

_ oh il se passe quoi là dedans encore ?
_ oh ! Le professeur qui mérite !!
_ Emérite ... Alors il se passe quoi ? Pourquoi vous êtes dans ces toilettes au lieu de jouer dehors ?
_ on parlait monsieur.
_ et vous pouvez pas le faire dehors ? Et pourquoi il pleure lui ?
_ on préfère parler ici msieur. C'est plus facile pour se dire des secrets.
_ des secrets hein... Quoi qu'il en soit vous êtes pas dans un confessionnal vous êtes dans les chio... toilettes. Allez ! Oups ! Tout le monde dehors.

Les gamins partirent nonchalamment, déçus qu'on vienne les déloger de leur havre de tranquillité. Cependant Gilles pris l'un des gamins à part. Celui qui pleurait. Comment s'appelait-il déjà ?
Evidement quand on professe à des centaines d'étudiants dans un amphi on ne s'encombre pas de connaître les prénoms. Mais ici les règles étaient bien différentes, et il devait faire de réels efforts de mémoire pour se rappeler quels marmots étaient dans sa classe.

_ Alors ? Pourquoi tu pleures ? C'est à cause des autres ? Ils t'ont fait du mal ?
_ non.
_ qu'est ce qu'il y a alors ?
_ c'est à cause des secrets !
_ ...
_ ...
_ mais encore ?
_ je dois pas le dire.
_ non forcément puisque c'est un secret. N'empêche que si il se passe quelque chose d'anormal ici ça me concerne. Tu me comprends ? Alors dis moi ce qu'il t'arrive. Comme on est toujours dans les toilettes et que c'est le lieu des confidences je te promets de garder ça pour moi.
_ d'accord.
_ je t'écoute.
_ Ça n'est pas ma mère.
_ comment ça ? Qui ça ?
_ ma mère, ça n'est pas ma vraie mère.
_ tu as été adopté ?! Tu es élevé par quelqu'un d'autre ? Ton père est divorcé ? Veuf ? Il s'est remarié c'est ça ?
_ non... rien de tout ça. C'est juste que celle qui se fait passer pour ma mère... Ça n'est pas ma mère c'est tout.

Et voilà !! Education, écoute, attention... tout ça pour en arriver là. Dans quoi avait-il encore mis les pieds. Qu'est-ce qu'il pourrait bien dire à ce gamin qui croyait lui aussi que sa mère était un vampire ou un quelconque monstre depuis le jour où elle lui avait sans doute empêché de jouer à la console.

_ euh... écoute. Tu sais les parents.. ils font ce qu'ils peuvent pour bien vous éduquer. Et même si ce n'est pas ta mère, je suis sûr qu'elle tient à ta famille suffisamment pour ...
_ non vous ne comprenez pas. Ça n'est pas ma mère. Ni la femme de mon père, ni sa copine ni une mère adoptive. Elle ne m'élève pas... elle... Ça n'est pas ma mère.
_ c'est comment ton prénom déjà ?
_ Sylvain. Je dois rentrer en classe Monsieur. Et vous aussi.


Sylvain. Oui bien sûr. Ce petit était dans sa classe justement. Maintenant qu'il y pensait il se souvenait avoir lu ses rédactions. Il était plus mûr que les autres sous certains aspects. Mais sous d'autres il semblait aussi... comment dire, presque limité, lent parfois.

L'après midi de classe se passa sans encombre. Le soir venu Gilles se mit à la fenêtre de la salle et regarda ses élèves rejoindre leurs parents venus les chercher. Parmi les embrassades, les câlins maternels et les distributions de goûter il chercha le petit Sylvain du regard. Il finit par le voir adossé à la grille de l'école. Seul. Observant les autres enfants. Dans son attitude il y avait quelque chose de dérangeant. Il émanait de lui un sentiment particulier. De la jalousie, du manque, de l'envie. Oui c'était cela, de l'envie. Sylvain manquait peut être d'amour maternel en fait. Il jalousait celui des autres en les voyant avec leurs mères, tous insouciants d'une chose si naturelle.

Puis Gilles se détourna de la fenêtre. Il effaça le tableau vert, épousseta la craie de sa veste et alla à son bureau pour ranger ses affaires. Quand il quitta l'école cartable à la main, il fut surpris de voir qu'un garçon attendait toujours à la grille. Sylvain, qui d'autre. Il lui fit signe de la main en se forçant à sourire, mais le garçon ne lui rendit son salut que par un vague geste de la main. Une grosse berline noire se gara sur le bord du trottoir. Une jeune femme blonde en sortit et s'approcha de Sylvain. Si jeune, si belle. Ses longs cheveux ondulaient en cadence avec le reste de son corps svelte. Elle avait de l'allure c'est sûr. Bien plus que toutes les rombières de cette bourgade. Elle aurait pu venir d'une grande métropole. Elle aurait pu être ce genre de femme que l'on croisait dans les quartiers chics des capitales. Altière et décidée. Si jeune, si belle.

Sans dire un mot, elle prit le cartable du petit garçon et rentra immédiatement dans la voiture. Sylvain ouvrit lui même la portière de la voiture qui démarra avant même qu'il eut fini de la refermer. Cette jeune femme lui ressemblait beaucoup. Trop pour ne pas être de sa famille. Sans doute avait elle eu Sylvain bien trop jeune, peut être sans vraiment le désirer réellement. Qu'une fille inexpérimentée et surtout non préparée à la maternité ne puisse s'occuper « normalement » de son rejeton, était devenu une attitude courante dans la société de Gilles. Finalement c'était peut être ça qui dérangeait le garçon.

Ça n'est pas ma mère.


Amélie, qui en était à son huitième mois, s'affala sur le canapé plus qu'elle ne s'y assis. La pauvre petite était devenue énorme. Mais tellement resplendissante. Gilles s'était installé chez elle et son gendre pour ces quelques mois de remplacement. Il aimait y trouver la quiétude d'un foyer plein de vie; ce qui lui faisait défaut dans son grand appartement haussmannien, très confortable certes, mais totalement dénué de vie depuis qu'il y vivait seul. Il chassa le souvenir d'un divorce consommé depuis longtemps pour revenir à d'autres considérations.

_ dis moi ma très chère fille, tu connais le petit Sylvain? Je veux dire, y a t-il quelque chose de particulier avec ce gosse ?
_ Sylvain ? Moui, il est un peu « bizarre » parfois. Je crois qu'il est en conflit avec sa mère. Le peu de fois où il en a parlé ça n'était jamais de façon classique. Mais bon, il doit surtout avoir un frein à la construction de sa personnalité. Ça passera avec l'âge..
_ ou ça s'empirera à l'adolescence !
_ tout s'empire toujours à l'adolescence, regarde moi !!
_ tu n'es pas la plus indisciplinée de mes filles ma chérie.
_ c'est un grand honneur que vous me faites là cher papa. Au fait comment vont mes innombrables frères et soeurs disséminés au travers le monde ?

Gilles esquiva la provocation de son unique fille « légitime ». Elle était la seule issue d'un mariage. Elle avait deux demi-soeurs avec qui elle s'entendant très bien, mais également un demi-frère dont personne n'avait plus eu de nouvelles depuis bien longtemps. De toute façon de la part d'un amerloque on ne pouvait pas trop en demander. Qu'il reste dans son pays. Gilles avait déjà bien à faire avec ces filles adorées.

Il se retrouva à lire les devoirs du fameux Sylvain. Une rédaction portant sur les dimanches en famille attira tout particulièrement son attention. Il était clair que ce gamin était dérangé. Peut être devrait-il en parler à l'administration. C'est ce qui se faisait d'habitude non ? Les enfants en difficulté devaient être particulièrement suivis.

Le devoir d'un gamin de cet âge là ne devait pas ressembler à ça.

« Le dimanche toute la famille déjeune ensemble. Mon père boit du café au lait, moi et ma petite soeur on boit du chocolat. La femme qui vit avec nous boit du jus d'orange. Elle ne nous parle pas et elle lit son journal. L'après midi du dimanche je joue au foot dans un club où on m'a inscrit mais je n'aime pas ça. Alors je reste sur le banc de touche et j'attends l'heure où je peux rentrer chez moi. Ma petite soeur reste avec mon père et la femme à la maison. C'est sa mère. Mais Ça n'est pas ma mère. »



Le lendemain Gilles tenta d'en glisser deux mots au directeur et à la femme qui tenait lieu de médecin et de psychologue dans l'établissement. Il choisit le moment du déjeuner pour leur parler de ses inquiétudes.

_ Ne vous inquiétez pas pour ça cher Professeur. Des enfants un peu perturbés il y en a toujours eu. Ça n'est jamais très méchant. Et puis on ne peux pas, on de DOIT pas interférer avec la socialisation familiale. N'oubliez jamais, nous sommes des instructeurs pas des éducateurs.
_ Et puis de toute façon, Professeur, il est devenu si difficile de communiquer avec les parents aujourd'hui. Chaque remarque que nous faisons doit être mûrement réfléchie. Un mot de travers et ça peut se finir en plainte ou je ne sais quoi.
_ Madame Detriche a raison. Le mieux est encore de ne pas nous en occuper.
_ Et puis si vous me permettez Monsieur le Directeur, on ne peut pas non plus se permettre d'être derrière le dos de chaque enfant. On a déjà une classe d'enfants en difficulté, et ce n'est pas facile à gérer. C'est une classe spéciale pour les préparer au collège. Si il n'y avait pas eu les subventions allouées par le Ministère on s'en serait bien volontiers passé.

Ainsi donc selon l'administration, un enfant qui souffrait d'une paranoïa familiale n'était pas en difficulté. Un tel privilège ne devait être réservé qu'aux enfants d'immigrés, de RMIste, chômeurs et autres cas sociaux particulièrement mal vus dans un microcosme bourgeois comme cette ville.

Qu'il en soit ainsi alors. Il s'en laverait les mains comme tous les autres.

Mais avant il tenterait quand même de parler avec ses parents. En plaise au Ministère.

D'après ce qu'il savait, le père de Sylvain était une sorte de médecin. Il ne pratiquait plus et se consacrait désormais à la publication d'articles dans des revues spécialisées de bio-ingénieirie et génétique. Le type même de savant fou qui n'était pas sans rappeler à Gilles les faiseurs de monstres de la littérature fantastique.

Sa mère quant à elle travaillait à mi-temps dans une boutique de soins esthétiques où elle était vendeuse. Elle ne tripotait donc pas les rombières. Le reste du temps elle s'occupait de sa petite fille qui n'était pas encore scolarisée.

Ils avaient emménagé il y près d'un an dans la ville, dans un quartier résidentiel plutôt douillet, le genre de quartier où on se perdait facilement puisque des maisons identiques s'alignaient dans des rues portant toutes les sempiternels noms d'oiseux marins ou de compositeurs classiques. Ils s'étaient visiblement bien intégrés, puisque Monsieur serait sans doute bientôt du prochain conseil municipal et Madame animait un club de scrapbooking deux après-midi par semaine à la maison pour tous.

Une famille bien comme il faut en somme. Le dialogue devrait pouvoir s'instaurer facilement.

Il attendit donc le retour de la grosse berline noire. Quand elle fit halte sur le trottoir, il se rapprocha. Comme les vitres étaient teintées et toutes relevées il ne su comment nouer le contact. Il tapota donc du coté conducteur. La vitre électrique se baissa sur les immenses yeux bleus de la jeune femme blonde entraperçue la veille. Celle-ci paraissait surprise. Son visage fermé soutenait le regard du professeur.

_ bonjour, je suis le professeur Gilles Jaskly. Je suis l'enseignant de Sylvain et ...
_ ah bonjour Monsieur, j'ai entendu parler de vous. Vous êtes prof à l'Université c'est ça ?

Son sourire l'obséda dès qu'il le vit. Il savait qu'il lui serait difficile de ne pas y recourir dans ses nuits de solitude. Son visage fin et légèrement maquillé resplendit en l'espace d'un instant. Sa peau lisse et parfaite était une tentation subtile, sa beauté ne pouvait qu'inspirer la jalousie de tous ceux qui ne coucheraient jamais avec elle et les éternels regrets de ceux qui ne le feraient plus.

Le professeur lutta de toutes ses forces pour ne pas tomber dans le piège de son chemisier échancré. Il n'avait pas parlé depuis trois secondes et ça lui semblait une éternité. Il s'aperçut qu'il la dévisageait, appuyé au dessus d'elle, les deux mains sur l'encadrement de la vitre grande ouverte.

_ euh excusez moi, c'est juste que je ne m'attendais pas à voir une fille, une mère aussi jeune et jolie. Pardonnez moi.
_ mais je vous en prie, Professeur. Il n'y a pas de mal je vous assure.
_euh ...

Son sourire s'agrandit d'autant plus. Le contraste de ses dents miraculeusement blanches et de la violence de son rouge à lèvre le fit défaillir à nouveau.

_ vous vouliez me dire quelque chose Professeur ?
_ oui, euh en fait, c'est à propos de Sylvain. Je ne tiens pas à vous alarmer mais je voulais juste savoir si il y avait des tensions au sein de sa famille. Il semble être un peu ému parfois en parlant de son foyer.
_ ah... il vous a sans doute raconté que je n'étais pas sa mère.


Déception. C'est ce qu'on pouvait lire sur son visage. Le sourire avait disparu en un clin d'oeil pour laisser place à l'intolérable cruauté de la déception. Comment un tel visage pouvait montrer une telle tristesse. Personne n'avait le droit de provoquer un tel gâchis. Qui aurait pu laisser cette femme perdre son air mutin et épanoui. N'importe quel homme aurait tout fait pour lui rendre son sourire.
Ce que Gilles tenta de faire.

_ oh je vous assure ce n'est pas la première fois que j'entends de telles histoires. Et c'est vrai que moi même j'ai du mal à croire en voyant une aussi belle et jeune femme que vous pouvez être sa mère.
_ Merci. Mais je le suis pourtant. C'est vrai que je l'ai eu jeune, mais ça n'empêche que je suis bien sa mère. N'est ce pas mon chéri ?

Sylvain les regarda d'un air dur sans répondre. Il était resté en retrait, observant une scène déjà vécue trop souvent.

_ Ça n'est pas ma mère !!!
_ ça y est ça lui reprend. Sylvain arrête de dire ces bêtises en monte dans la voiture. Professeur si vous saviez à quel point ça me fait mal quand j'entends ça.

Non arrêtez. Je vous en supplie ne pleurez pas.
Devant ses immenses yeux se remplissant de larmes il sut ce que pouvait être le lot de cette femme. Reniée par son fils, c'est elle en fait qui ne recevait pas l'amour qu'une mère attend de sa progéniture. Et ce petit morveux infligeait cette peine à une si belle créature. Etait-il jaloux ? Lui en voulait-il d'être plus attirante que toutes les autres mères ?

Quoi qu'il en soit, il se trouva désarçonné par les larmes de cette femme. La tête penchée vers l'avant il ne voyait plus désormais qu'une mèche blonde, épaisse et délicate à la fois, côtoyer le grenat des ses lèvres magnifiques. Il s'en voulu de profiter de cette détresse pour glisser son regard avide entre les boutons ouverts de son décolleté. Ses petits seins reposaient sagement dans une dentelle aussi rouge que sa bouche. Il se vit les caresser, les embrasser. Il aurait voulu être celui qui l'aurait consolé pour le restant de ses jours.

_ excusez moi Professeur, c'est tellement difficile, si vous saviez... si vous saviez.
_ je vous en prie. Je crois que je vais en parler plus sérieusement à notre psychologue. Sylvain doit comprendre le mal qu'il vous fait. Si il en prend conscience je pense que tout ira mieux.

Ces paroles d'espoir les firent sourire tous les deux. Ils se regardèrent longuement. Les secondes passaient et leur offraient cette intimité que certains mettent des années à construire. Ils étaient des enfants s'embrassant sur la joue, assis dans le soleil d'un été depuis longtemps oublié. L'instant d'après ils se retrouvaient étudiants couchés l'un contre l'autre dans une chambre de bonne, et puis juste après il se voyait à nouveau la prendre dans ses bras la caresser comme en cet instant, près de l'école primaire d'une ravissante petite ville de province.

_ Ça n'est pas ma mère !!!!!!!!!!!!!!!


Tels furent les derniers mots de l'enfant. Il profita du passage d'une camionnette de livraison pour se jeter dans les bras de la mort.

Le directeur de l'école avait longtemps insisté pour qu'on interdise le passage aux camions à cet endroit. Trop de véhicules y passaient. Trop vite. Bien trop vite.



« drame aujourd'hui dans une petite ville de province où un enfant s'est jeté sous un camion devant le regard de son instituteur et de sa mère ... »

« l'accident s'est produit alors que la mère et le professeur parlait justement des problèmes psychologiques de l'enfant... »

« les suicides d'enfants sont d'autant plus choquants qu'ils sont très rares. Dans ce cas-ci, ce geste est tellement déroutant que le parquet a demandé l'ouverture d'une enquête judiciaire... »

« dans l'affaire du petit Sylvain, les gendarmes ont perquisitionné l'école où se trouvait scolarisé le petit garçon ainsi que les maisons de son institutrice et de ses parents. La gendarmerie intervenant sur demande du Procureur cherche à déterminer les raisons qui ont poussées l'enfant à un tel acte... »

« les derniers éléments de l'enquête semble démontrer que l'instabilité du jeune Sylvain trouverait ses origines dans un mauvais traitement au coeur de sa famille. Le mystère semble s'épaissir autour de ce sinistre fait divers... »

« on vient de l'apprendre à l'instant, le docteur Salticci, le père du petit Sylvain vient de se défenestrer durant sa mise en garde à vue. Alors qu'il venait effectuer une visite médicale à l'infirmerie de la gendarmerie nationale, le Docteur Salticci s'est jeté par une fenêtre non grillagée du troisième étage. Les premières informations semblent démontrer que bien qu'il ait survécu, ses jours pourraient être en danger. Il a été transporté immédiatement au CHU ... »

« alors oui ! Forcément on peut s'interroger. Qu'est ce que cette famille a à cacher. Qui est cette jeune femme, cette femme fatale qui derrière son masque de femme-enfant cache un monstre capable de faire se suicider enfant et mari. On se le demande bien. Ce qui est sûr c'est qu'un lourd secret pèse dans les rues de cette petite ville tranquille... »


« les résultats de l'enquête sur la disparition tragique du petit Sylvain viennent d'être remises au parquet. Celui-ci a immédiatement fait écrouer Madame Salticci, mère de l'enfant. Le procureur a décidé d'ouvrir une procédure élargie au département d'origine de la famille Salticci... »


« _ Monsieur le Procureur c'est à vous.
_ Merci Mesdames et Messieurs de vous êtes déplacés. Je vais être succinct dans cette intervention publique tant les faits que j'ai à exposer se passent de commentaires face à l'incompréhension d'une telle situation. Les fouilles effectuées à l'ancien domicile de la famille Salticci ont permis de découvrir un corps enterré dans le jardin depuis à peu près un an et demi. Son état de décomposition avancé a tout de même permis l'analyse de son ADN et la comparaison avec celui des autres membres de la famille Salticci... »


Ça n'est pas ma mère !!!

Ma mère était douce et gentille. Elle m'aimait plus que mon père et ma salope de grande soeur. Ma mère savait tout mais elle avait tellement honte qu'elle ne pouvait rien faire. Mon père et ma soeur, aussi vicieux et fous l'un que l'autre, se moquaient d'elle, la rendaient folle. Ils me faisaient peur. Le jour où ils lui dirent qu'ils allaient avoir un enfant tous les deux, ma mère en eut assez et elle voulu me prendre avec elle pour m'emmener loin de cette folie.

Mais ils ne la laissèrent pas partir. Je ne vis rien, mais je les entendis faire leur sale besogne dans le jardin.

Ensuite ils décidèrent de tout abandonner. Mon père avait toujours aimé les femmes très jeunes. Ma mère avait eu sa fille à l'âge de 17 ans. Et 17 ans plus tard mon père allait avoir une autre fille, engendrée par ce qu'il appelait un complexe d'Electre pleinement assumé.

Leur plan était simple. L'une prendrait la place de l'autre. Un peu de maquillage pour la vieillir un tout petit peu, un enfant à allaiter; qui soupçonnerait la supercherie. Elle gagnerait 17 ans et prendrait l'état civil de sa propre mère. Tandis que si on demandait des nouvelles de leur fille aînée , ils n'auraient qu'à dire qu'elle était partie faire sa vie de l'autre coté de l'Atlantique. Simple. Efficace. Tout le monde n'y vit que du feu. Jusqu'à ce que je crie toute ma détresse. Jusqu'à ce que je crie une dernière fois ...


Ça n'est pas ma mère.

par dvb publié dans : dark side
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Samedi 26 avril 2008
« Alors ?
_ Alors quoi ?
_ Tu ferais quoi toi si tu les gagnais tous ces millions ? »

C'était puéril ! Comment pouvais-je encore passer au tant de temps avec ces « amis »? Au fonds de moi je savais que d'ici quelques mois, quelques années pour les plus tenaces, je ne les verrais sans doute plus. En serais-je « débarrassé » ? Ou bien m'arriverait-il encore de penser à eux avec nostalgie, y penserais-je comme à la bande de potes inséparables que nous n'étions déjà plus?

« Ben alors ? Tu réponds ou quoi ?
_ Ce que t'es chiant quand tu fais ta tête de con comme ça ? Moi ça m'étonne pas qu'elle soit partie tiens ...
_ Remets pas ça sur le tapis ! On en a déjà trop parlé de cette affaire ! »

Fallait-il vraiment qu'ils prennent tous des pincettes pour me rappeler comment mon ex s'était barrée. Enfin, ça leur faisait toujours un sujet de conversation, ça changeait de nos souvenirs collectifs du lycée. On avait tous eu nos diplômes à la fac; on bossait tous, mais ils étaient restés « scotcher » à leurs années de lycée. Ils en parlaient si souvent et avec tant de délectation que ça en était devenu ridicule.

« Si on ne peut plus dire ce qu'on pense de peur de froisser certaine âme sensible, je vois pas pourquoi on reste là à discuter alors !
_ c'est bon ! Arrête de monter sur tes grands chevaux aussi ...
_ et voilà c'est reparti !
_ oh c'est bon la ramène pas toi non plus...
_ quoi ? Quoi encore ? Pourquoi tu dis « c'est reparti » ?
_ c'est bon, c'est bon, il pensait pas à mal !
_ t'as tes ragnagna ? C'est pour ça que t'es si désagréable !
_ t'es pourtant bien placé pour savoir que c'est pas la bonne semaine ... »

Ca m'aurait presque amusé, si ce n'était une scène déjà vue trop de fois. La vérité c'est que je les détestais tous. On avait tous été très liés, trop peut être. On avait amalgamé toutes nos personnalités dans cet espèce de maelström souriant et versatile, mais le ciment n'avait pas bien pris, les fissures des ressentiments béaient depuis trop longtemps déjà.

Autour de cette table, assis dans le même café depuis des années on ne faisaient plus que s'engueuler. Chaque semaine il y avait toujours un ou deux absents sur le dos desquels casser du sucre; pour ensuite mieux se rabibocher et s'embrasser en se pardonnant tous ces petits errements.

Plus je pensais à eux, plus je me trouvais stupide de rester assis là.

Je les regardais s'échauffer, se tempérer, se prendre dans les bras pour se consoler. J'intervenais de moins en moins. L'avait-il seulement remarqué ? Je ne pense pas. C'est drôle ce qui se passe quand on confronte autant d'égoïstes autour de la même table.

Je me levais brusquement. Peut être avais-je atteint le point de saturation. Le silence se fit et tous les regards convergèrent sur moi. Ils devaient sans doute s'attendre à ce que je les plante encore une fois. Je les soupçonnais même de le désirer ardemment, afin de pouvoir diriger leur malaise vers un objet bien concret. Comme ça la tension retomberait d'un coup lorsque, une fois parti, ils pourraient médire passionnément sur moi.

« ben quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? où tu vas ?
_ je vais me prendre une bière ! Quelqu'un veut quelque chose ? »

J'avais demandé juste pour la forme. J'attendis volontairement deux secondes supplémentaires avant de m'en aller au bar commander.

Je passais les quelques secondes d'attente dans la contemplation du groupe. D'ici j'avais une vue d'ensemble sur toute la clique. Je les haïssais. Comme tous les autres se haïssaient entre eux d'ailleurs. Mais j'étais peut être le seul à me l'avouer.

Avec du recul je me dis que mon ex avait bien eu raison de se barrer. Elle en avait eu assez de cette « bande de gamins qui se la joue en se prenant pour du beau monde ». Elle les avait bien définis. L'envie me pris de l'appeler pour lui dire à quel point elle avait raison... mais ça n'aurait servi à rien. Après tout elle m'avait largué, et elle l'avait fait avant que je commence à me lasser d'elle. En fait j'étais heureux d'être célibataire.

« Votre bière Monsieur. »

Je revins soudainement au présent. Je remerciais, souriais et empochais le reste de monnaie.

De retour à la table je remarquais que la tension avait baissée d'un cran. Les sourires revenaient et j'en profitais pour raviver la conversation.

« Moi si je gagnais les millions, je ferais comme tout le monde : je quitterais mon boulot pour devenir rentier et voyager à travers le monde. Avec mes investissements je me paierais un voyage tous les six mois. Un mois de vacances, six mois de préparation, et ainsi de suite.
_ vachement pragmatique ! Je te reconnais bien là ! T'y avais déjà pensé ? »


OUAI !! j'y avais pensé au moment même où j'avais joué mon billet de loterie. Je pensais à cette somme faramineuse, en me disant qu'il fallait avoir les nerfs solides pour assumer un truc pareil.

Bizarrement j'accueillis très froidement la nouvelle. Bien évidement la première heure fut complètement alarmante. Je lus et relus la combinaison gagnante au moins cinquante fois, vérifiant sur internet et dans trois ou quatre journaux différents. Il n'y avait pas d'erreur, je venais de gagner la super cagnotte historique. Je n'avais aucune idée de ce que représentait quatre cent cinquante neuf millions d'euros, mais j'imaginais que je pourrais facilement partir un mois en Toscane sans me soucier de rien d'autre que du choix de l'hôtel le soir venu.

Une fois l'euphorie passée, je commençai à me faire à l'idée que ma vie venait de changer du tout au tout. Je décidais d'attendre un peu. De ne rien montrer, ni au boulot, ni devant « mes amis ». Ensuite j'irais au bureau des paris toucher mon chèque. Enfin je suppose qu'avant d'avoir l'argent j'aurais le droit à un stage de coaching avec conseiller financier, psychologue et tout le reste. Et ensuite...

Ensuite je souriais. Ensuite il suffirait d'être patient. Et attendre que la nature humaine fasse son oeuvre.

« Non mais plus sérieusement. Si tu gagnais tu partagerais ?
_ non ! Mais je vous paierais un coup. D'ailleurs l'addition c'est pour moi ! »

Je crois que ça fit son petit effet. Je passais pour être un radin, on m'appelait parfois l'oursin. Ce que les gens ne comprenait pas, c'est qu'il fallait de la force d'esprit et de l'abnégation pour vivre à notre époque sans crédit revolving, miroir aux alouettes d'une société où la virilité se mesurait désormais à la taille de son écran télé.

Ca leur mis peut être la puce à l'oreille.

Quoi qu'il en soit bientôt je ne fus plus obligé de justifier mes absences au bar. Si mes amis avaient le sentiment que je les abandonnais il me suffisait de claquer quelques centaines d'euros pour leur faire plaisir. J'avais ainsi la paix pendant quelques semaines. Je prétextais avoir des tas de projets en cours.

La vérité c'est que j'avais un emploi du temps de ministre. Je ne sais comment, mais bientôt se mirent à affluer nombre de personnes issues de mon passé plus ou moins lointain. Il me fallait donc beaucoup de temps pour les accueillir, affronter les banalités d'usage et leur donner ou non un ou deux billets pour qu'ils me fichent la paix pour le restant de mes jours. Et ce que j'attendais depuis si longtemps, arriva enfin.

Le premier fut Charles. Ou Carlos comme on l'appelait alors. Il était grand et fort quand il avait dix ans. Maintenant il était juste gros. Il avait dû faire le pied de grue en bas de chez moi pendant des heures, voire des jours, espérant me voir. Il avait simulé une rencontre anodine, fruit d'un heureux hasard. Prenant tout d'abord un air étonné, puis ravi, il fit remonter artificiellement nos souvenirs d'enfance à la surface. Il me remémora à quel point on s'amusait dans la cour de récréation de l'école quand on était gamin. Moi je me rappelais plutôt de ses gifles, le souvenir de mes dents cassées et du goût de mon propre sang, quand il me fit tomber un jour dans l'escalier. Je souriais aux réminiscence de ces tendres années. Et puis il me parla de son bébé qui allait naître, des difficultés dans son domaine professionnel, où les gens y pensait à deux fois avant d'acheter des maisons. Il me demanda si j'avais des projets immobiliers, l'air de rien. Et puis, l'air de rien je lui répondit que peut être j'en avais. Je lui dis que ça m'avait fait plaisir de le revoir et qu'on pourrait prendre un verre un de ces soirs. Quand il nota avidement mon numéro de téléphone, je vis dans ses yeux l'éclat de fierté du pêcheur venant de ferrer une belle prise. Il en oublia complètement d'effacer son sourire de requin. J'entendais presque ses pensées, je l'imaginais très bien arriver chez lui le soir et dire à sa bobonne engrossée « tu vas pas me croire chérie : je suis sur le point de nous faire gagner un paquet de pognon. Tu te souviens de l'abruti qui a gagné tous ces millions en ville ? Celui qui était à l'école avec moi ... ». Fanfaronne petit fanfaron; moi je sentais déjà le goût suave et glacé de la vengeance.

Encore un peu de temps.

Mais très vite une seconde victime vint se poser sur mon échiquier, comme une mouche noire et bruissante cherchant à profiter des miettes de mon heur. Cette fois il s'agissait de Marco. Marco était lui aussi un « ami d'enfance » de l'école. Il était sans doute l'être que j'avais le plus détesté durant mes jeunes années. Il avait été l'ami de Carlos, à l'époque où je leur servais de jouet à briser.

La vie m'avait presque vengée, avais-je pensé tout d'abord.

Gamin il était le plus beau, le plus blond et à défaut d'être le plus brillant, il était sans doute le plus richement vêtu. A « l'école de l'égalité des chances », il avait sû corrompre d'un sourire immaculé, et avec l'aide d'un père chef d'entreprise et d'un oncle député, la rigueur des institutrices issues de « la vieille école ». Ce qui était réservé aux cancres, aux boursiers, aux enfants de parents endettés, n'avait pas lieu de l'atteindre. A chaque fenêtre cassée par son tir de ballon, il parvenait à faire punir qui il voulait. Souvent moi, qui ne touchais jamais un ballon de foot. Pourquoi moi d'ailleurs ?
Tout simplement parce que j'avais un sens plus développé de la justice et que j'avais un jour osé m'insurger contre sa tyrannie. J'avais écopé d'une gifle administrative et de la mise au ban éternel de mes petits camardes de classe.

Un jour j'étais même allé jusqu'à me planter devant son aïeul pour lui relater l'iniquité des actes de son engeance. J'avais du conclure par une cinglante remarque sur la fierté d'être issu d'une noble lignée. Le grand-père de Marco se permit toutefois de me gifler à son tour.

Mais tout ça c'était il y a bien longtemps. Les années avaient passées. A l'adolescence Marco avait voulu changer de religion, il avait voulu revivre la belle époque des bourgeois-bohèmes. Alors il s'était défoncé au vin blanc et avait exploré les paradis artificiels, en espérant un jour devenir artiste à temps plein.

Il se présenta à moi bien des années après, sidaïque et réduit à l'état de pochetron repenti, inadapté social, vivant des rentes versées par ses parents afin de l'encourager à rester éloigné du noyau de plus en plus brillant de sa famille. Devenu le fils maudit, vivotant chichement entre sa tritérapie et les après-midi passés les yeux rivés sur l'écran de résultat des courses hippiques dans un sordide troquet. Il me raconta tout ça. Et me dit qu'il avait encore des projets. Qu'il saurait s'en sortir si seulement quelqu'un reconnaissait son talent d'artiste. Il me montra quelques dessins que j'admirai de longues minutes avant de me proposer d'être son Pygmalion officiel.

Lorsque j'empoignai mon chéquier, je l'entendis soupirer d'espoir. Je le regardai un moment. Il avait complètement oublié ma présence, il ne voyait plus que ce chéquier et ce crayon se rapprochant l'un de l'autre, prêt à convoler et à fusionner dans une espèce de danse nuptiale fiduciaire. Son sourire était indécent. Dans ces yeux je vis s'éterniser la folle attente. Il allait enfin pouvoir s'offrir d'ici quelques heures le shoot de sa vie. Déjà il imaginait son dealer venir lui livrer sa dose d'inspiration.

J'avais interrompu mon geste depuis déjà près d'une minute. Quand il s'aperçut enfin que je le dévisageais depuis tout ce temps, il releva les yeux vers moi. Son sourire figé prit le ton du doute.

« Oui ? Qu'est-ce qu'il y a ? tu sais pas combien me donner c'est ça ?
_ non c'est pas ça. Je me demandais. Jusqu'où irais-tu pour avoir cet argent ?
_ comment ça ? Tu en as plein tu peux me le donner !
_ oui et je vais le faire, mais ... peut être serait-il plus sage que je te le donne après que tu m'ai montré à quel point tu en as envie.
_ je ferais n'importe quoi putain ! Tu vois pas que je suis au bout du rouleau là ? Alors files moi ton putain de blé et tu me revois plus après !
_ jusqu'où seras-tu prêt à aller ?
_ j'm'en fous ! Demande moi n'importe quoi putain !
_ serai-tu prêt à croiser le chemin d'un agent immobilier par exemple ? »


Quand Carlos se présenta chez moi quelques jours plus tard, je vis le pansement autour de son poignet. Il se tenait au dessus de moi, me tendant le contrat qu'il avait soigneusement rédigé et qui allait le rendre riche d'ici quelques instants. Alors que j'allais signer, je lui demandai :

« que t'est-il arrivé au bras ? Tu t'es blessé ?
_ non ! Une histoire de dingue. Un type, une espèce de clodo, m'a agripé dans la rue et m'a filé un coup de seringue. Un drogué sans doute. Il m'a pas loupé le salaud. J'ai même pas eu le temps de voir son visage. Il est parti en courant aussitôt après.
_ sale histoire.
_ comme tu dis... tiens mets ton paraphe ici et là !
_ tu y tiens vraiment à ce contrat ?
_ bien sûr, autant que toi sans doute !
_ que ferais-tu pour que je le signe ?
_ comment ça ?
_ serais-tu prêt à me rendre un service ?
_ tout ce que tu veux ! J'adore faire des affaires avec toi. Je pourrai vendre mon âme au Diable ou tuer qui tu veux si ça peut te faire plaisir »

Il rit de bon coeur à sa propre blague; puis peu à peu son sourire s'estompa quand il me vit reboucher mon stylo et repousser son contrat.

« Et bien dans ce cas... fais moi plaisir ! »

________________


Je tiens à remercier "Maître Gnomax" pour le titre "Millionaire de rien" dont il est l'auteur très inspiré. Un titre qui, je trouve, colle énormément au texte !!

par dvb publié dans : le projet NM6
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Samedi 26 avril 2008




Voilà je m'introduis tout doucement dans le monde du "blog" !

Premières impressions :

Ben ça fait bizarre !
Jusqu'ici j'avais toujours rechigné à visiter des blogs, j'y allais à reculons quand on m'invitais gentiment à venir jetter un oeil sur les créations de mes comparses !

Et puis, à force d'encouragements (de bourrage de crâne ?) je me suis laissé embrigader là dedans... Maintenant c'est qu'un embryon de blog, on verra bien si j'en fait quelque chose de concret...

Alors pour commencer ;: merci à Mass, Air et Laura pour m'avoir introduit dans ce monde... promis je mettrai des liens vers vos textes dès que j'aurai fais le tour du propriétaire !

Parce que finalement je suis un peu dans cet état d'esprit : pour l'instant je visite, j'ouvre les placards pour voir l'intérieur de mes nouveaux appartements ^^. Je regarde un peu partout, si il y a assez de prises électriques, si l'ensoleillement est bon, et si le papier peint est encore en bon état.

Voilà ! c'était ma première prise de contact avec le blog !



J'ai laissé quelques textes de ma création histoire de donner un peu de corps au site, en attendant d'y trouver autre chose.


J'ai mis une image de Vincent Valetine (personnage du monde de Final Fantasy VII) comme avatar parce que j'aime beaucoup son style de vieux beau taciturne déguigandé !!

Et puis aussi à l'époque où je commençais à jouer au tout premier FF7, Chris (celui des quatre garçons sans avenir qu'on retrouve dans le texte  "La Dame Blanche")  avait fait cette remarque que je lui ressemblait un peu ... dans le style pixélisé de l'époque ^^

par dvb publié dans : Prise de contact (qui me parle?)
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Samedi 26 avril 2008


Encore plus tard dans la soirée, dans la voiture des parents de Nathalie, empruntée pour l'occasion...

« Dis...
_ mmmhhh...?
_ c'était qui ce mec ?
_ qui ça ?
_ ce Loik ? Le grand dadais avec ses cheveux de tecktonik !?
_ c'est un collègue de fac, le pote d'Anthony. Il était en classe avec moi au collège.
_ et euh ... vous êtes sortis ensemble ?
_ non !
_ t'es sûre ? Tu peux me le dire hein !
_ je t'ai déjà dit que je suis jamais sortie avec d'autres mecs.
_ que t'as jamais couché avec d'autres je veux bien croire mais t'as bien dû sortir avec d'autres..
_ pourquoi tu me bassines comme ça ? T'as quelque chose à dire ou quoi ?
_ ben je te le dit, je trouve ça bizarre comment il te parle et comment tu le regardes voilà
_ ah c'est ça !!! en fait tu supportes pas que moi je puisse avoir des copains « mecs ».
_ non ça n'a rien à voir. Mais je trouve juste que lui il te regarde chelou.
_ t'es jaloux ou quoi ? Alors toi tu peux voir et parler à toute les pétasses que tu veux, et moi j'aurai pas le droit de faire la même chose...
_ Ecoute, je vois plus de « pétasses » comme tu dis, puisque tu supportes pas que je parle à mes copines de lycée, d'ailleurs je les vois plus. Et même, quand je les voyais je leur faisais pas du rentre dedans comme ça! Ce type là franchement je sais pas ce qui m'a retenu de le frapper à un moment ! C'est un pauvre connard qui essaie de te draguer devant mon nez en plus..
_ ah ben voilà ! Il suffit que je m'entende bien avec un type pour que automatiquement ça soit un connard et qu'il veuille me sauter dessus !
_ ecoute, ce genre de type je les connais. Ils font leurs bogoss charmants et attentionés et puis après une fois qu'ils ont eu ce qu'ils veulent, se sont des vrais connards qui se fichent pas mal des filles.
_ Ouai c'est bien ce que je dis t'es jaloux... et puis, excuse moi mais, avec ton physique de Jean Mineur, t'iras pas loin face à un gars comme Loik. Je sais pas si t'as remarqué il a une tête de plus que toi et des bras de mecs lui !
_ Ah parce que en plus tu le défends ?! Tu vas bientôt me dire que c'est lui l'homme de ta vie et que moi je suis qu'un guignol à côté ?!
_ mais n'importe quoi ! T'inquiète pas va ! Si j'avais voulu être avec un autre mec, ça serait déjà fait !
_ Ah oui c'est vrai ! Tu es Vénus sortie de la cuisse de Jupiter... t'es tellement la plus belle qu'aucun mec ne te résiste.
_ ben c'est ça quand on est une bombe sexuelle comme moi ! Et puis en plus Vénus est pas sortie de la cuisse de Jupiter : inculte !
_ Pfff....
_ hein que je suis une bombe sexuelle ?! C'est pour ça que tu m'aimes non ?
_ non ! J'aime pas quand tu fais ta ... ta ...
_ ma quoi ? Ma salope ? C'est ça que t'allais me dire ?
_ arrête !
_ dis ... tu veux pas qu'on gare la voiture dans un coin sombre ?
_ QUOI ?! T'as dit quoi là ?
_ j'ai envie de le faire dans la voiture !
_ mbof !
_ quoi mbof ?
_ c'est pas terrible dans la voiture : ya pas beaucoup de place, en plus si ya une autre voiture qui passe on va se faire gauler !
_ ouai ben c'est pas parce que toi tu l'as déjà fait tes « nombreuses ex » que moi j'aurai pas le droit d'essayer non plus ! En plus t'es pas obligé de me rappeler sans cesse tous tes ébats avec tes pétasses d'avant !
_ mais ... j'ai rien dit !
_ en plus tu fais même pas gaffe à ce que tu dis ...
_ rholàlà... j'aurais mieux fait de me taire tiens ! Allez vas y roule !
_ non ! Je te dis que j'ai envie de faire l'amour ici et maintenant !
_ et moi j'ai pas envie !
_ et pourquoi faudrait toujours le faire seulement quand toi t'as envie ? C'est vraiment dégueulasse ! C'est toujours les mecs qui décident quand, comment et où !
_ mais non !
_ ben si la preuve ! Pauvre naze !
_ T'es toute excitée parce que c'est l'autre crétin de Loik qui t'as chauffée c'est ça ?
_ n'importe quoi !
_ t'es vraiment qu'une ... qu'une ...
_ vas y dis le ! Dis moi que je suis une salope ... Tu veux rentrer à pieds ?
_ ...
_ Pauv' mec ! T'as vraiment pas de couilles ! Loik au moins il sait comment ça marche une fille !
_ ah ouai ? Avec sa grande expérience de Don Juan ça m'étonne pas trop... Pour dragouiller tout ce qui bouge et tirer son coup avec des filles d'un soir ça je veux bien le croire qu'il a de l'expérience. Pour ce qui est de vivre la vie de tous les jours avec une fille c'est autre chose ...
_ Mais pas du tout ! Figure toi qu'il a eu une relation sérieuse avec une femme pendant plusieurs moi. Une hôtesse de l'air.
_ une relation sérieuse vaec une hôtesse de l'air ... ya pas comme un problème dans l'énoncé ?
_ Je vois pas de quoi tu parles !
_ ben ya peut être moins volage comme personnage, que les hôtesses de l'air. A ton avis ça vient d'où l'expression « s'envoyer en l'air » ?
_ c'est encore un de tes fantasmes à la con ? Faut que je me fasse un chignon et que je me mette en uniforme pour que t'ais envie de moi ?
_ laisse tomber !
_ ouai ben Loik il allait à l'hôtel avec elle. Il lui faisait des massages quand elle rentrait après ses longs courriers. Il lui faisait couler son bain et il s'occupait bien d'elle.
_ Tellement bien qu'il est plus avec si je comprends bien !
_ ben ouai ! Trop gentil quoi ! Encore une fille qui a pas su profiter d'un mec bien. Mais c'est aussi parce qu'elle a changé d'affectation.
_ Pauvre Loik... comme il a du soufir de plus avoir sa pute aéroportée pour venir lui tailler des ...
_ t'es pas obligé d'être vulgaire ! Est-ce que je suis vulgaire moi ?
_ Mais d'ailleurs .. tant que j'y pense ... comment tu sais tout ça sur ce type ?
_ je t'ai dit il est à la fac avec moi...
_ moi ya au moins cent cinquante fille à la fac avec moi... je connais pas tous les détails de leurs vies intimes. Tu m'explique s'il te plait ?
_ ben c'est un copain ! On parle ! De tout de rien ! Des choses qui nous tiennent à coeur !
_ c'est ton confident c'est ça ?
_ ouai si on veut.
_ QUOI ?! Mais ? Mais !
_ quoi ? Qu'est ce que t'as ? On dirait un débile quand tu me regardes comme ça ?
_ mais faut te faire un dessin ? Tu te fous de ma gueule c'est ça ? Un mec qui te parle de ça, qu'il aime bien masser les fille, qu'il est une crème, un exemple de galanterie, et qu'en plus il est célibataire et qu'il est triste ... t'appelles ça comment toi ?
_ oh mais c'est bon ! Lâche moi un peu ! Toi tu parles bien à tes copines de merde !
_ je leur parle plus tu sais bien ... tu m'as interdit de le faire !
_ben écoute si ça te manque comme ça t'as qu'à retourner les voir... et moi je continue à parler à qui je veux !
_ tu m'énerves !
_ t'as vu ce que c'est la jalousie ! C'est pas drôle hein ?
_ ouai mais là j'ai un peu de quoi m'inquiéter : t'es en train de me dire que ya un type qui te drague à longueur de journée !! A la différence de ta jalousie, moi j'ai un peu matière à péter un câble ! Toi t'es jalouse pour rien ! Moi je fais jamais rien pour te rendre jalouse et tu le sais bien, mais tu continue à me pourrir l'existence avec tes crises ! Mais par contre qu'un mec fasse son joli coeur devant toi, et non... tu trouves ça normal ! J'ai pas à me faire de soucis ... jusqu'au jour où, ô surprise ! Tu te retrouveras à poil dans son plumard sans même savoir comment s'est arrivé !
_ tu dis n'importe quoi !
_ ça m'énerve trop ! Je te jure : je te revois encore une fois lui parler ..
_ et tu fais quoi ? Tu vas le dire à ta mère ?
_ te fous pas de moi !
_ on se gare là ? Dans la ruelle .. personne ne viendra nous surprendre à cette heure-ci ! Tiens ! Mets ça ! J'ai toujours des préso dans mon sac...
_ ah aha ... JEALOUSY ! JEALOUSY !! Hey Dan ?! c'est toi dans la voiture ? vous faites quoi à cette heure-ci dans une ruelle sombre ?
par dvb publié dans : feuilleton
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