Mercredi 26 mai 2010 3 26 /05 /Mai /2010 20:46

Pour fêter le dernier retour de LA JEANNE, le bateau école de la marine française, la ville de Brest organise ce week end tout un tas de festivités des plus tricolorées avec témoignages d'anciens élèves officiers et tir de feux d'artifice. Partout en ville on peut voir des affiches géantes pour fêter l'évènement Le navire fera donc officiellement ces adieux ce week end avant une retraite bien méritée.

Je me devais bien entendu en tant que ty zef, de lui rendre moi aussi hommage. Voilà qui est fait :
http://www.defense.gouv.fr/var/dicodrefonte/storage/images/media/images/defense/les_eleves_officiers_de_la_jeanne_d_arc__1/1017126-1-fre-FR/les_eleves_officiers_de_la_jeanne_d_arc_une_portail.jpg


Merci.

Pour tous ces moments inoubliables.

Pour ces années à Servir La France et représenter notre Patrie à travers le Monde.

Merci aussi pour ces actes héroïques, ces aides providentielles, où tu as su te détourner de ton cap pour apporter une aide providentielle à celles et ceux qui en avaient besoin, partout sur le globe, qu’elle que soit leur couleur, leur religion ou leur ethnie.

Bravo, et merci à toutes ces générations de courageux et valeureux  marins qui t’ont accompagnés durant toutes ces années.

Merci pour les innombrables passages de lignes, où certains ont pleuré, où ils ont senti la cohésion sous les coups et les humiliations de leurs pairs, mais qui les ont rendu plus forts, plus fiers et plus dignes de te fouler du pied.

Merci pour ces départs vers de longs voyages au petit matin sur le quai, où dans la brume de la mer d’Iroise tu quittais Brest  au son des pleurs d’enfants et de femmes, les uns déchirés par cette longue séparation des pères, les autres ravies de se savoir femmes de marin.

Merci pour tes retours en fanfares, où nous guettions tes hommes revenir, depuis le Goulet, tous érigés en rangs d’oignons et grand uniforme, prêt à embrasser toute la ville. Comme ils étaient beaux et galants en retrouvant le plancher des vaches.

Merci

Merci pour ces enfants orphelins laissés derrière toi, nés d’une nuit d’escale, et que l’ont retrouvent dans tous les ports du monde. Les prostituées remercient tes porcs pour leurs pourboires généreux.
Merci pour ces familles détruites, pour ces gentilles filles à qui tes petits copains ont offert Sida, infections et maladies d’amour en guise de cadeau de voyage. Leurs carnets de rut sont aussi remplis que leurs carnets de santé.

Bravo, pour ces hectolitres de bières vomis sur les quais de tous les continents et toutes ces bars saccagés et ces bordels souillés de Dubrovnik à Valpareiso. 

Merci, pour avoir rythmée nos années pendant tes missions, où nous adorions retrouver tes femmes de marins éplorées et accueillantes dans les bars et les boites de nuit de notre belle Cité du Ponant, toutes prêtes à se faire consoler. Nous les avons choyez tu sais, pendant que tu parcourrais les Océans. Nous avons même donné des enfants à tes matelots, pendant qu’ils découvraient la magie de la Thaïlande.

Merci, pour ces retours en fanfares, lorsque nous les voyons débarquer après de longs mois paisibles, pour envahir nos bars et nos boîtes de nuit, prêt à se vider encore une fois, sur nos filles et nos compagnes, sans vergogne, eux, qui le méritaient bien, ne serait-ce que pour le charme de l’uniforme et la reconnaissance du bas-ventre.  Oh oui, ils méritaient bien leur repos de guerriers, ces fantassins fantasques et fantoches, fantôme d’un vaisseau au nom si VENERE.

Merci pour ces batailles de rue et ses rangées de dents qui volaient entre relents de patriotisme et pavillon torché.

Alors pour tout ça, et pour tout le reste :


MERCI LA JEANNE !

Par dvb - Publié dans : fourre tout - Communauté : Bonjour de Bretagne
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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 15:36

Un jour moi aussi je serai un gros con. Moi aussi j’aurai un métier, je ferai partie de la France qui se lève tôt, je travaillerai plus pour gagner plus, et avec tout cet argent j’aurai des envies de classe moyenne. Je m’achèterai une grande télé, plus grande que mon salon, je dépenserai mon fric chez Ikea. Je m’entourerai de playstation, de x-box, de machine à expresso et d’aspirateur de 4.000 watts silencieux.

 

Un jour je cultiverai la culture d’entreprise, je mépriserai les syndicalistes et je haïrai mes patrons. Je râlerai en voyant ma fiche de paie et j’irai en vacances au Club Med de Thaïlande. Je rêve de ce jour où j’accrocherai aux murs de ma maison les mêmes cadres de Mistigri qu’on voit chez tout le monde. J’inviterai des gens que je déteste pour les faire s’assoir sur mon immense canapé en cuir acheté à crédit à un meilleur taux que les leurs ; on parlera de foot et de la difficulté d’élever des gosses à notre époque, en se rappelant avec nostalgie le temps où on n’en voulait pas. Et à chaque fois on conclura en tenant la main de nos femmes et en s’avouant que c’est quand même la meilleure chose qui nous soit arrivé dans la vie.

 

Un jour je draguerai une jeune stagiaire insouciante et belle ; j’enlèverai la photo de ma famille en fonds d’écran sur mon poste de travail pour le remplacer par une photo de moto. D’ailleurs je passerai mon permis moto et je lorgnerai les bonnes affaires sur internet pour m’offrir une grosse cylindrée. Et puis je renoncerai pour pouvoir épargner de l’argent pour mes prochaines vacances aux Maldives et pour payer une école privée à mes gosses.

 

Un jour je rigolerai en voyant les artistes et j’irai faire des visites culturelles dans des caves de grands domaines dans le Bordelais. Je boufferai du foie gras à Noël sans ne plus jamais me soucier du traitement qu’on inflige aux animaux. J’aurai des copains chasseurs qui m’inviteront à l’occasion le dimanche.

 

Un jour j’achèterai un vélo d’appartement pour perdre ma bedaine et retrouver le corps d’athlète que je n’ai jamais eu. Et puis je le mettrai dans un coin de mon garage où il pourrira à côté d’un vieux VTT et d’un carton remplis de souvenirs de famille. Je m’achèterai un abonnement pour le stade de foot et je gueulerai contre les arbitres.

 

Un jour je me réveillerai sans me poser la question de savoir si j’ai réussi ma vie. Ma Silver card parlera pour moi quand j’achèterai de la lingerie de luxe pour l’anniversaire de ma femme, et qu’elle ne mettra jamais. J’inscrirai ma fille à un cours de piano et mon fils dans un club de foot et je serai fier de lui.

 

Un jour, quand j’aurai fini de rembourser le crédit de mon appartement de standing, j’en achèterai un autre plus petit pour le louer à de jeunes adultes actifs et célibataires que je trierai sur le volet pour ne pas me faire abuser par des locataires irrespectueux de ma propriété. Je demanderai à un pote d’enfance devenu comptable de me trouver des moyens d’évasion fiscale et d’investissements sans risques. J’irai au ski pendant les vacances de février. Je penserai au divorce sans trop y croire, et je resterai pour les enfants.

 

Un jour j’aurai un métier, je voterai sans honte pour la Droite et je donnerai pour le Téléthon à condition d’avoir un relevé de déduction pour les impôts. Je marcherai devant des mendiants sans les voir. J’irai frapper à la porte des voisins en les menaçant d’appeler les flics et de porter plainte pour tapage nocturne. Je voterai à l’assemblée des copropriétaires et j’aurai un copain au conseil municipal.

 

Un jour je ne penserai plus à aujourd’hui ; j’aurai oublié ce que c’est d’en vouloir à la société et aux riches. Je m’abreuverai au JT de Claire Chazal et de Jean-Pierre Pernaud, et le soir je regarderai du porno sur internet quand la famille sera couchée. Ensuite j’avalerai mes anxiolytiques et je me réveillerai d’une nuit sans rêve, sans fantasme, sans espoir ni cauchemar. Je prendrai un café, embrasserai ma femme, conduirai les gosses à l’école, irai bosser pour une boite de merde et un salaire à quatre chiffres insuffisant, déjeunerai à la brasserie, boirai un café et rentrerai chez moi dans ma BMW en écoutant les Grosses Têtes.

 

Et le lendemain je recommencerai. Encore et encore.

 

Et puis un jour je regarderai ma vie et je me dirai que finalement j’y serais parvenu, à ce bonheur palpable, à cet idéal matériel de confort et de plénitude. Je jouirai de la vie et de ses plaisirs en rejetant moins de 130 gramme de CO2 par kilomètre sur la route des vacances, et ça sera un bon geste pour la planète. Je mangerai bio des fois et je n’aurai pas besoin d’acheter de sous-marques de distributeur.

 

En attendant ce jour béni, je crache sur mon futur !

Par dvb - Publié dans : dark side - Communauté : Les Amis de l'écrit
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 20:42

Encore un texte tiré de la Zone d'Expérimentation, cette fois-ci le thème était : "le testament que vous n'écrirez jamais"


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C'était donc ainsi ! Tout n'était qu'une histoire de pognon. Toutes ces années de famille, de travail, de patrie, tout ça pour en arriver là ! Se voir réduit à la dimension d'un bout de papier de quinze centimètres endossable ? Bientôt Jean-Louis serait glissé dans la fente d'une machine, scanné, décortiqué, démembré, divisé, partagé entre cette bande de raclures ineptes : sa famille.

 

Non ! Il ne se laisserait pas dévorer par ces asticots ! Pas de son vivant tout au moins. Il lui restait suffisamment de temps pour une dernière vengeance !

Tout avait commencé au bal du quinze août il y a trente ans de ça, lorsque ébloui par les chevilles tourbillonnantes  de Mathilde, il en avait perdu l'équilibre et renversé son Picon-bière sur les jupons de cette infâme Maryvonne, qui dès lors ne le lâcherait jamais plus d'une semelle, l'expédiant tout d'abord devant Monsieur le Maire, puis à l'usine, puis à la maternité, et qui aujourd'hui s'apprêtait à l'enterrer vivant.

 

 

L'usine, comme beaucoup d'autres, était restée sourde et muette, pendant très longtemps au sujet de ces microparticules de poussière d'amiante qui avaient eu la mauvaise idée de s'inviter à l'insu de tous, lors des travaux de construction. La belle entreprise qui avait fait la gloire et la fortune du pays, était désormais diabolisée et démantelée afin de pouvoir payer les sommes pharaoniques que la Justice avait décidé de distribuer arbitrairement à ses anciens salariés ingrats.

 

D’ici peu, Jean-Louis aurait aussi le droit à sa part, plutôt rondelette soit dit en passant, au vu des souffrances que lui et sa famille avait dû endurer à cause de ce cancer qui se déclarait.

 

La vérité c'est que tout avait été exagéré : la douleur insoutenable était toute relative face à celle de certains de ces anciens collègues sous assistance respiratoire, la lourdeur des soins palliatifs se résumait à des biopsies hors de prix, mais remboursées, et des passages dans de grosses machines irradiantes deux fois l'an ; le chagrin de sa famille était quant à elle, une  mascarade honteuse.

 

Jean-Louis se souvenait d’une fois où sa future veuve s'était présentée avec un masque de tristesse entourée d'avocats devant une présidente du Tribunal compatissante; sa fille s'était effondrée et avait chialé comme une fontaine en évoquant le futur manque que la mort de son papa laisserait dans sa vie. Insurmontable. N'empêche que cette connasse ne le prenait dans ses bras que dans la salle des pas perdus. Pour le reste elle était juste bonne à lui taper du fric à longueur de semaine.

 

 

 

Depuis ces premières années de travail, les gens intéressés s'étaient toujours bousculés pour lui tendre un crayon afin de lui faire signer contrat de mariage, assurances vie, assurances décès, forfaits obsèques, plan d'épargne et donation au dernier vivant.

 

 

 

Le directeur de s ressources humaines avait prévu un contrat-groupe très avantageux pour le personnel, « au cas où ».

 

Puis ce fût le syndicat de travailleurs, qui avait contesté la validité d'un tel acte « visant à corrompre et faire taire les forces besogneuses en leur faisant miroiter une carotte qui n'avait de seule richesse que celle apportée à la direction et aux actionnaires... ».

 

Puis un avocat était venu de Paris prendre les choses en mains afin de les défendre et de protéger leurs intérêts individuels et collectifs. Moyennant une cotisation annuelle à un fonds de pension spécifique, ils pourraient tous obtenir les meilleures options de dédommagement.

 

Ses collègues mourraient les uns après les autres; leurs veuves se rassemblant en une association de plus en plus imposante et virulente, leurs voitures et leurs toilettes devenant au fur et à mesure toujours plus luxueuses.

 

La Sécu s'en été mêlée à son tour : des solutions existaient, il fallait les exploiter.

 

Le coup de grâce fut porté par son « conseil » : Maitre Huntel, notaire à Saint Fiacre, docteur en Droit, diplômé de la Faculté de Grenoble. Celui-ci l'avait conseillé et aidé à rédiger son testament, laissant le moins de place possible au hasard, répartissant ses biens de façon ingénieuse et fiscalement inatteignable.

 

Jean-Louis avait décidé, comme souvent de prendre le temps de réfléchir, mais l'empressement de femme, enfant, notaire fut telle qu'il signa de bonne grâce, leur souriant affablement, entouré qu'il était, de l'amour des siens... ou plutôt de SES BIENS.

 

Il s'aperçut de son erreur quelques jours plus tard, en voyant sa fille bécoter le premier clerc. Il en eut la confirmation lorsqu'il surprit sa femme s'engueuler au téléphone avec sa soeur, lui intimant de se taire et lui affirmant que de toute façon elle n'aurait rien, que dalle, nada, que cet argent était le sien, qu'elle le méritait, et que de toute façon elle ne lui devait rien, même pas cette robe de mariée payée entièrement par leur mère.

 

La puce à son oreille lui ordonna de faire quelque chose de toute urgence : on était en train de le « liquider » en bonne et due forme. Les pronostics de son médecin étaient pourtant rassurants ce matin. Il avait même décidé d'annoncer à table ce midi qu'une bonne partie des polypes avaient disparus.

 

Au lieu de cela, il décida plutôt de rédiger SON testament, celui qu'il ferait lui même, décidant de réduire à néant les espoirs morbides de son entourage. Pour cela, il devrait tout d'abord acheter un code civil, un bouquin de droit des successions, faire un tour sur internet pour traduire tout ça en langage humain, et ensuite résilier les pouvoirs de son « exécuteur testamentaire » et d'en choisir un autre qui n'aurait de quelconque intérêt à tirer de sa mort.

 

Alors ça non ! Ces rats n'auraient rien du tout !

 

Et il se ferait même un plaisir de le leur montrer, le sourire aux lèvres. Oh oui ! Il rirait devant leurs têtes déconfites. Adieu les manteaux de fourrure, les caravanes trois étoiles, les voyages  en Nouvelle Calédonie !

 

Il irait distribuer tout cet argent à des gens qui le méritaient vraiment : l'association de défense des martres, son neveu André qui avait fini handicapé à la suite d'un accident pendant son service militaire, et pourquoi pas aller dépenser le reste en payant des coups à tous les ivrognes du village ! Et s'il le voulait il entretiendrait même une poule plus jeune et plus gentille que sa mégère de Maryvonne !

 

Mais avant tout il s’était décidé à venir me voir, se souvenant que j’avais obtenu ma licence de droit avant de venir travailler à l'usine, comme tous les hommes de la région. Il m’avait dès lors appelé au téléphone, pensant que je saurais sûrement lui rédiger ce fameux testament.

 

Ainsi il prit son manteau, ouvrit la porte violemment et prit son destin fermement en main. De la cuisine sa femme lui cria de ne pas sortir : le déjeuner serait prêt d'ici quelques instants. Ecrasé par des décennies d'obéissance servile, il n'eut pas le courage d'affronter tout de suite la colère de sa femme.

 

Tant pis, après tout il avait toute la vie devant lui pour accomplir son plan machiavélique. Autant profiter de ce dernier repas en paix. L'hypocrisie serait aujourd'hui son alliée.

 

Quand le médecin arriva une heure plus tard, il était cependant trop tard. Il venait de décéder, étouffé par les noyaux des cerises qu'il aimait tant.

 

Le notaire avait bien fait son boulot, les biens seraient partagés de façon tout à fait ingénieuse et fiscalement inatteignable.

 

Toutefois les sommes pharaoniques promises ne seraient jamais versées, sa mort accidentelle n'ayant rien à voir avec une maladie professionnelle qui avait d'autant plus refusée de se déclarer.

 

Finalement il y avait bien une Justice sur Terre, testament … ou pas !

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Par dvb - Publié dans : RP - réelles productions - Communauté : Les Amis de l'écrit
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 20:36
Lieutenant Ludwig ! Jeune retraité, dans la force de l’âge, vient d’être remercié pour sa longue et fructueuse carrière. On l’a promu officier à titre honorifique juste avant sa retraite, certes, mais c’ets quand même pas peu de chose. En fait il en est très fier de ce titre. Lieutenant Ludwig ! ça sonne bien. Et puis faut dire qu’il le mérite bien après tout. Il a donné ses plus belles années, sa force, sa vigueur, mais aussi son flair et son intelligence pour alpaguer tous ces trafiquants, ces marchants de mort, ces enfoirés de sales jeunes drogués ! Les Douanes, c’est plus qu’une Institution, plus qu’une famille ; il a ça dans le sang depuis tout petit. Son père lui-même était officier.

Et puis, du jour au lendemain, plus rien. Finie la belle carrière, il a du raccrocher le baudrier. On a fêté ça dans le service, et on l’a reconduit « au foyer ». Lui qui n’avait jamais eu qu’une seule famille, n’avait bien sûr personne pour le recueillir maintenant. Quand il repense à tous ses sacrifices des années durant. Il aurait pu avoir une copine et des petits. Mais non ! trop de boulot, pas le temps pour la gaudriole. Jamais. C’est pas que ça lui ait manqué, mais au moins il aurait eut quelque chose à laquelle se raccrocher pour ses vieux jours.

Lieutenant Ludwig ! Dans un « foyer ». Et ils osent appeler ça un centre d’hébergement, il est où le fameux « spa » qu’on lui avait promis ? Avant au moins il avait le droit à des massages pour entretenir ses muscles et ses articulations, de bons repas, une grande pièce pour lui tout seul à la caserne. Maintenant il devait partager cette espèce de cloaque dégoûtant avec deux autres grabataires à moitié pouilleux et décatis. L’un était tellement feignant qu’il en avait des escarres à force de rester assis sur son gros cul des journées entières ; l’autre était à peine plus présentable et il sentait la pisse à plein nez. Le Lieutenant Ludwig qui avait eu du nez pendant toute sa carrière, souffrait le martyr en voyant la misère dans laquelle on l’avait enfermé. Et encore ça avait l’air d’être pire dans les chambrées voisines. Quand il passait devant les portes en revenant de promenade l’après-midi il se doutait bien qu’il se tramait des trucs pas nets à côté de chez lui : ça sentait la vieille chienne en chaleur ! Et il détestait ça.

Et puis un jour, tout avait changé. Des gens étaient venus, des gens de « la Maison », ça se voyait même s’ils ne s’étaient pas expliqués : que voulez-vous… la lourdeur de l’administration. Mais enfin, il serait traité avec les égards qui lui étaient dus.

Ca pour sûr, il était beaucoup mieux loti qu’auparavant : il avait son logement individuel avec un grand jardin autour, dans lequel il aimait se prélasser. On lui portait à manger à heure fixe et il n’avait pas à se charger de ce genre de tracasseries. C’était le bonheur !
Jusqu’au jour où...

Et bien jusqu’au jour où, il remarqua des allers et venues suspectes dans son rayon d’action. Juste à côté de chez lui ! Sur sa pelouse passaient des jeunes ! Des sales petits morveux, des branleurs d’ado qui ne respectaient rien à la vie. Ils sentaient le shit et la beuh ! Ah ! ils ne savaient pas encore sur qui ils étaient tombés, ces sales gosses. Mais le Lieutenant Ludwig n’allait sûrement pas laisser passer une si belle occasion.
Porté par l’instinct, il rampa aussi discrètement qu’il le put de la porte voisine. Là il se faufila à l’intérieur et guidé par ses sens affûtés se dirigea à pas de loups vers la chambre où le trafic avait lieu. Il tendit l’oreille, épiant les faits et gestes des délinquants :



« Hé man ! il est bon ton matos !
- Ouaich gros ! c’ets de la skunk de Panam.
- Ah ouai !
- Qui dit « pète »
- « Pète »
- « Pète »
- « Pète »
- Vas-y fait tourner.
- Et c’ets quoi le truc rouge dans le jardin en bas ? C’est à tes vieux ?
- Ouaich…
- C’est un abri de nains de jardin ou bien, fils ?
- Arrête ! tu délires ! C’est mon reup ! il voulait un clebs ! il en a ramené un de son boulot.
- Arrêtes man ! c’ets le bad ça ! chez oit t’as un clebs de la Douane ?! Un qui renifle et tout ?
- J’en sais rien moi ! Il est là depuis deux jours. C’est un béjà tout vieux, tout con et tout moche…
- Grrrrr…. !!!
- Oh putain le bad !
- Skoi ce iench de ouf !
- AHEUH !
- Vas y fait tourner !
- AHEUH EUH !
- C’est lui ! Putain ! Lâche le beuz ! lâche le beuz !
- Putain c’est un tueur ! il est trop vénère sa mère !
- Où ça je le balance le tarpé ?!
- Vas y ! fais le pas béton !
- Il m’a pécho le bras !! Putain !
- RRRRrrrr
- Putain ! arrêtes le !
- Wolfgang ! ta gueule arrêtes ! Wolfgang !
- Skoi ce nom de tapette au clébard !
- Putain chéplus son nom ! Wagner ! lâche le ! Vas y déconne pas ! Wagner !
- Vas y ! ballance le oinj par la fenêtre il va nous bouffer !
- AHEUH EUH !
- Trop con ton daron ! c’ets un streum stanimal !
- Comment il a téssau la fenêtre ce ouf de iench !
- Hey ! le Beuz ! Stoujours moi l’dernier ! »


In loving memory :


Lieutenant Ludwig (1998-2009), défenestré durant une bavure
Par dvb - Publié dans : RP - réelles productions - Communauté : Les Amis de l'écrit
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Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 10:31
Rapport :

« Note à l’attention des parents.

L’Histoire est comme toute autre science ; elle évolue au fil du temps. Ce qui un jour fut la découverte d’un morceau de pain moisi, abandonné sur la paillasse d’un laboratoire, devint par la suite constatation, phénomène observable, puis fait scientifique et enfin invention majeure d’un procédé qui sauva des millions de vie.

Il en va identiquement des faits et gestes des hommes ; chacun de vos pas, alors que vous arpentiez le dur chemin de la vie et de la fatalité, s’est aujourd’hui fait l’écho du Temps, contribuant à créer ce que vos enfants appellent désormais « l’Histoire ».

N’oubliez pas que ce qui fut pour vous un jour une réalité intangible et un mode de vie naturel, sera désormais connu de nos descendants comme la grandeur et la décadence d’un monde aujourd’hui disparu.

La postérité nous jugera, nous admirera ou nous condamnera, mais aujourd’hui le temps est venu pour que nous reprenions le cours de l’Histoire en main.

Enfants d’hier, ne regardez pas en arrière car la vie et l’avenir est devant vous, dans les yeux de vos propres enfants.

Edouard LeGall, historien et Conseiller chargé de l’Education »



Extrait de la première édition du manuel scolaire « l’Histoire de Nouvelle Bretagne », 2025




Chapitre deux


Luc Le Bot tirait sur sa roulée jusqu’à s’en faire brûler les doigts. Son petit plaisir quotidien consistait à se tenir le dos appuyé contre ce mur et à profiter des quelques petits grains de tabac qu’il parvenait à récolter durant la journée.

Travailler au mess des officiers de la Royale avait somme toute quelques avantages. Pouvoir chiper les restes de tabac dans les cendriers à moitié plein des réfectoires et des salles de réception en faisait partie. Certains jours il trouvait même des blondes à moitié fumées de marques étrangères rescapées du crack down ; rarissimes et délectables, il les gardait pour les grandes occasions et en avaient quelques unes planquées dans une boite sous son sommier. Pour le reste du temps, il se contentait de gratter les mégots ornés de l’Hermine officielle, marque des manufactures de tabacs de Morlaix, rouvertes des années après leur faillite. La production était censée être suffisante pour toute la population, mais il y avait toujours pénurie, sauf dans la Marine. Le Conseil National avait considéré que puisqu’il existait une production de tabac dans la région, autant en faire une industrie à part entière. La vérité, c’ets que le trafic était si important que le Conseil dû se résoudre à officialiser la production, jusqu’alors souterraine, pour bénéficier d’un secteur juteux. Depuis, le marché noir était alimenté par la Marine elle-même, détentrice des trois-quarts des réserves et administratrice des manufactures.

Ce qui aurait pu faire le bonheur de Luc, si ce n’est que les officiers supérieurs ne se mouillaient jamais les mains avec ce genre de missions non-officielles. Du coup, il ne voyait jamais la couleur d’une cartouche, tout au plus en surprenait-il parfois passer de mains en mains. Luc, comme grand nombre de larbins des administrations, n’avait pas le statut militaire. Il avait obtenu ce poste en faisant semblant d’être invalide de guerre, et il avait feinté d’être à moitié simple d’esprit pour ne pas éveiller les soupçons. Les marins aimaient s’entourer de demeurés pour effectuer les tâches essentielles qui leurs semblaient pourtant ingrates, comme tout ce qui touchait à l’intendance. Aujourd’hui le prestige dont se revêtait cette milice ne pouvait souffrir de voir dans ses rangs de simples ouvriers aux compétences terre à terre. Les marins se devaient avant tout d’être les agents violents d’un pouvoir corrompu. Il ne restait plus rien de la Royale qu’avait connu Luc dans sa jeunesse. De nos jours, les uniformes passaient à tabac qui ils voulaient, à n’importe quel prétexte; le but était bien entendu de montrer à tous qui tenait les rênes du vrai pouvoir.

Alors, puisqu’il était désormais trop vieux et trop diminué pour pouvoir prendre les armes, il s’était résigné à se laisser vivre. Pourtant, il avait toujours eu envie de faire quelque chose pour se sortir de cette situation, pour lui, et pour tout le monde. Il faudrait bien un jour que tout redevienne normal, comme avant. C’ets pourquoi souvent il furetait dans le sillage des officiers, à la recherche d’informations sensibles qu’il aurait pu transmettre à des insurgés. Un jour grâce à lui, il y aurait peut être un nouveau Saint Malo.

Il tirait sur sa cigarette mal roulée dans un vieux papier journal. Ca ne valait pas la cellulose d’antan car il n’y avait plus d’usine de papier digne de ce nom. On ne faisait guère plus que recycler ce qui pouvait l’être, tant bien que mal.

Il fumait et rêvait au jour où les uniformes ne le traiteraient plus comme un moins que rien, un jour où ils le regarderaient enfin en face, au lieu de lui lancer leurs miettes et leur condescendance hypocrite.

Il fumait et regardait les volutes s’élever au dessus du mur d’enceinte de la base navale de Quimerch.
Au milieu de la nuit, après que Luc Le Bot eut fini son service en tant que commis de cuisine il devint un héros du peuple. Un martyr, un exemple pour tous. Mais juste avant, il entendit le tintement électronique d’un détonateur qu’on armait à distance.




coupure de presse :

Le terrible cauchemar continue.

Dix ans presque jours pour jours après l’insurrection malouine, un attentat a été perpétré dans la nuit de vendredi à samedi en plein Centre Finistère. La cible était le centre de surveillance Radar des côtes Sud-Ouest, et plus particulièrement le bâtiment réservé aux officiers. Or le site accueillait ce jour précis une délégation de techniciens venus inspecter le matériel et les méthodes des ingénieurs Radar. C’est donc un crime odieux et organisé qui a ôté la vie à un civil ainsi qu’à cinq officiers dont le Commandant Lartigue, héros de la Libération de La Rochelle l’année dernière.

Cependant les terroristes n’ont, semble-t-il, pas été à la hauteur d’un quelconque fait héroïque comme ils essaient de s’en convaincre depuis de trop nombreux mois déjà. En effet la population en a assez de tels agissements qui ne font que rappeler à tous l’horreur du début de siècle.

Une enquête préliminaire de l’Amirauté a déjà permis de mettre la main sur une cache d’armes près de Pont-Aven, grâce à l’aide de gens bien attentionnés et de voisins attentifs, qui avaient remarqué depuis plusieurs semaines des mouvements de personnes suspectes dans le village. Heureusement que la Bretagne peut encore compter sur la vigilance des vrais héros d’aujourd’hui.

Extrait de l’édition française du quotidien « Ouest Libre » du 21 avril 2025.
Par dvb - Publié dans : Penn ar bed storiou - Communauté : Temps X
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Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 10:25
Chapitre Un


Gaël avait les yeux rivés sur son écran d’ordinateur depuis des heures. Il se souvenait de l’époque lointaine d’internet et des réseaux sociaux d’envergures universelles ; il était alors tout gamin. Depuis le crack down informatique de 2012, la plupart des ordinateurs étaient devenue inutilisable ; on avait dès lors dû relancer la production d’une ancienne technologie, que le conglomérat Métra avait réussi à ressusciter et améliorer. Le réseau MaxiTel permettait aux usagers de consulter des bases de données sur des bornes publiques ou des terminaux privés à domicile pour les plus aisés. La résolution des écrans était minimale mais suffisante pour y lire les informations essentielles. Cependant le contraste affaibli des moniteurs monochrome fatiguait très vite le confort visuel, et on devenait vite sujet à violents maux de crâne au bout de plusieurs minutes consécutives. De plus les informations y étaient systématiquement filtrées voire censurée par le Parlement.

C’est justement sur le Parlement que portait les recherches de Gaël. Après le « don de l’Indépendance » faite aux Bretons par Quéméré lui-même en 2014, il avait fallu mettre en place un système politique et administratif qui tienne la route et qui soit suffisamment démocratique pour recueillir l’approbation du Peuple. On état vite à ce constat que la Bretagne si elle était indépendante et protégée de la folie qui régnait à l’extérieur de ses frontière, se devait d’être un modèle pour les autres pays, lorsque l’Histoire reprendrait son cours normal. On avait dès lors décidé de garder plus ou moins les instances de l’ancienne République. Le pouvoir était divisé entre un Parlement rassemblant des députés de tous les cantons qui siégeait dans l’ancien palais du Parlement moyenâgeux de Rennes et un Conseil National qui tenait lieu d’exécutif, composé des Préfets des neuf départements actuels et d’un Président élu par les grands électeurs, à savoir conseillers municipaux et maires, officiers de Justice, membres du Parlement et amiraux. Le peuple élisait ses députés et conseillers municipaux, le Parlement désignait les Préfets. Ca s’était pour la théorie, et sur le papier tout semblait fonctionner à merveilles.

La réalité était bien différente. Le Président et les Préfets étaient virtuellement désigné s par la vraie instance dirigeantes : les conglomérats industriels, et parmi ceux-ci, Jean-Yves Quéméré tirait la plupart des ficelles. Le président était plus ou moins un homme de paille, et les Préfets pour la plupart des cadres des conglomérats qui obéissaient aux instructions des conseils d’administrations des groupes financiers et industriels. Ils avaient plein pouvoir pour laisser le Parlement discuter pendant des heures sur des lois aussi inutiles qu’incompréhensibles. Pour le reste, les résolutions exécutives étaient prises par eux-mêmes, et dans l’immense majorité des cas elles ne servaient que les intérêts des conglomérats.

Gaël, qui avait jadis eu son diplôme d’informaticien, faisait ces recherches afin d’approfondir ses connaissances dans le domaine institutionnel. Non pas qu’il avait des prétentions politiques, mais il souhaitait intégré une administration quelconque afin d’assoir son statut social. Un fonctionnaire d’état, en ces temps troublé, pouvait subvenir aux besoins de toute une famille avec ses seuls revenus. Sans compter les pots de vin et commissions occultes dont il avait entendu parler à maintes reprises.

Et puis, avec un tel poste, il pourrait très certainement être au fait de nombres de magouilles et collecter des informations vitales qui pouvaient se monnayer très cher sur le marché noir du renseignement industriel.
Lui et ses potes se faisaient parfois des extras juteux en bidouillant certaines bases de données jugées inaccessibles et protégées. Leur plus gros coup avait sans doute été la fois où ils avaient réussi à obtenir les codes d’accès à l’Arsenal de Lorient pour toute une semaine. Il avait ainsi pu falsifier des laisser passer et les vendre une fortune au marché noir à des trafiquants et espions en tout genre. Ca leur avait permis de se payer toute une année d’alcool et de gandjine, cette drogue next gen, aussi synthétique que paradisiaque. En y repensant, ils auraient pu se faire encore plus d’écus en la revendant au lieu de la sucer jusqu’au dernier cube.
Gaël sentit un courant d’air dans son dos. Aussitôt il se redressa, ce qui le sorti immédiatement de la torpeur dans laquelle il s’enlisait peu à peu. Un fusilier venait d’entrer dans la bibliothèque municipale. Ces salauds là avaient toujours eu la belle vie depuis des siècles. Quand Quéméré leur proposa de faire sécession et de rester servir ses intérêts, ils avaient tous été naturalisés et vus attribuer encore plus de privilèges. Désormais ils avaient remplacé la Police et était devenu le bras armé du Conseil National. Ils étaient flics, douaniers, militaires, pompiers et on leur avait même confié l’administration des hôpitaux publics. En fait ils espionnaient et surveillaient le peuple pour le compte de Quéméré et des autres du même acabit.

Gaël fit profil bas et se replongea dans la lecture de son article. Mieux valait croiser au large de ses têtes brûlées si on ne voulait pas finir au bagne pour le reste de la semaine. Les gardes à vues étaient devenues des procédures administratives communes et les patrons se faisaient un malin plaisir de ne pas rémunérer les jours passé à l’ombre, ce qui pouvait arriver régulièrement et pour des motifs aussi futiles qu’incongru. Un jour Gaël avait passé trois jours d’affilée au bagne pour avoir été coupable d’outrage à officier ; un uniforme l’avait accusé d’avoir volontairement empuanter l’air ambiant dans un cinéma à proximité de lui. Ce crétin de Loïk avait bel et bien eu une colique au cinéma ce jour-là, et c’ets pourtant lui qui avait fait les frais des intestins indélicats de son ami. Jamais pu ils n’étaient allé au cinéma après un kig a farz.

L’article du maxitel finissait par faire un rapide énoncé des sièges géographiques des diverses Institutions. Il apprit ainsi, que Quimper avait été désignée pour être le siège du Conseil National, après que Nantes ait été jugée trop dangereusement proche de la frontière de l’époque pour tenir ce rôle. C’était bien sûr avant la prise de Cholet et l’annexion d’Angers. L’amirauté était quant à elle toujours basée au Château de Brest, forteresse historique des forces armées de tous temps. C’est sans doute pourquoi on trouvait ici plus qu’ailleurs des patrouilles de « flicmar » comme on avait gardé l’habitude de les appeler.
Gaël sursauta d’ailleurs, quand celui qu’il venait de repérer un instant plutôt s’arrêta derrière lui pour lui poser sa matraque sur l’épaule.

« alors jeune homme, on potasse dur ? lui demanda le flic.
_ oui Monsieur.
_ Qu’est-ce que c’est ? t’es pas en train de pirater un des serveurs au moins ?
_ non ! Bien sûr que non ! Quelle idée !
_ le responsable de la bibliothèque vient de me dire que t’es là-dessus depuis deux heures au moins. C’est beaucoup ça, deux heures entières.
Gaël déglutit difficilement, le militaire le sondait de ses yeux de fouine. Il avait l’air assez futé pour un flicmar. Plus que bon nombre d’entre eux en tout cas. Il valait mieux ne pas essayer de la lui faire à l’envers.

« Je… je suis en train d’étudier les inst…, bredouilla le jeune homme.
_ ouai ouai ! éloigne toi du terminal, je vais regarder ça moi-même. Recule. Lève tes mains du clavier. Doucement ! »
Gaël obtempéra de bon gré, pour une fois qu’il n’avait strictement rien à se reprocher. Mais cela n’était malheureusement pas un motif suffisant pour garantir son impunité.

L’uniforme dégagea Gaël du bout de son bâton puis pris place devant l’écran. Il parcouru l’historique des recherches et inséra une clef électronique dans le moniteur afin de remonter toutes les opérations que le garçon avait effectuée sur la machine. Les flics avaient accès à bien plus d’outils informatiques que le commun des mortels. Avec une clef comme celle-ci, un type comme Gaël deviendrait le roi du pétrole en quelques jours. Mais s’il se faisait prendre ça serait l’exil à coup sûr.

Il regarda le second-maître procéder sans bouger, n’osant faire aucun commentaire avant que l’autre n’est fini son inspection.

« dis-moi mon garçon, tu t’intéresse à la vie publique on dirait. Pourquoi ça ?
_ euh… C'est-à-dire que. En fait…, Gaël cherchait ses mots ; la simple présence de ce sale type le rendait nerveux.
_ oui ? Quoi ? Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? Je t’ai posé une question simple non ?
_ en fait je voudrais devenir assistant parlementaire. Ou quelque chose comme ça. Travailler pour la Bretagne en somme. Parce que…
_ ah ?! le flic émit un sifflement qui aurait pu paraitre respectueux s’il n’y avait pas eu tout cette franche ironie dans son regard. Et bien mon garçon, si tu veux te rendre utile pour ton pays, tu peux toujours t’enrôler chez nous. Tiens étudie ça plutôt. »
Le flic lui plaqua une brochure sur la poitrine. Un recruteur. Gaël eut envie de soupirer de soulagement mais il se retint. Ces enfoirés patrouillaient parfois dans les endroits publics à la recherche de jeunes recrues suffisamment désespérées ou serviles pour entrer dans la Marine. Gaël prit vivement le dépliant et fit mine d’y jeter un œil avec un regard vaguement intéressé.

« On a une réunion jeudi après-midi au centre de recrutement, rue Yves Collet. Hey gamin ! Je veux t’y voir hein ! compris ?
_ euh ! Oui oui m’sieur. »

Ce crétin ratissait large. A vingt-sept ans Gaël avait passé l’âge de se faire incorporé depuis longtemps. Il avait désormais trop de plomb dans la tête pour pouvoir encore avaler les couleuvres servies par la propagande gouvernementale, aussi appétissantes fussent-elles. Il avait pris goût au reste de liberté qui subsistait dans ce monde. Et il avait prit goût au piratage et à la gandjine. Mais surtout, il avait déjà choisi son camp depuis un bon moment ; il userait tous les moyens possibles pour pourrir la vie des conglomérats, y compris se faire passer pour un de leur fidèle employé.
Par dvb - Publié dans : Penn ar bed storiou - Communauté : Temps X
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Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 10:23
PROLOGUE


A la suite des tragiques évènements de décembre 2012 qui ont provoqué l’effondrement des nations et l’anéantissement de l’économie mondiale, l’Europe est devenue un immense champ de bataille. Ce qui fut jadis le Royaume Unis est désormais redevenu un archipel imprenable où règnent le chaos et l’anarchie, depuis que les loyalistes fidèles à la couronne ont dynamité le tunnel sous la Manche. L’Empire Français, fondé sur les ruines d’un pays ravagé, est désormais dominé par un ancien chef d’Etat mégalomane et belliqueux. Après son sacre en tant qu’Empereur, lors d’une parodie de vote populaire permise par ce qui reste de l’Eglise Catholique, l’Empereur s’est enfermé dans une forteresse sous terraine des Yvelines. De là il mène une guerre acharnée contre ses alliés d’antan. La Prusse Réformée tente tant bien que mal de résister aux assauts de ses voisins slaves et des résidus de monarchies continentales. Depuis des mois, nul ne sait ce qu’il est advenu des Nations d’Amérique du Nord, autrefois florissantes et dominant le Monde civilisé. Des rumeurs contradictoires circulent, annonçant tantôt des guerres opposants les supers états continentaux de l’Est et de l’Ouest, tantôt l’invasion des Etats-Unis par ses voisins du Sud, ou encore l’irradiation complète du reste de la planète.

Dans ce maelström de guerres civiles et de catastrophes démographiques, quelques poches de civilisation perdurent cependant. La Confédération Helvétique joue de ses influences auprès des cours royales pour maintenir un semblant d’économie internationale, les anciennes Républiques Marines d’Italie tentent quant à elles d’ouvrir des voies de commerce maritime vers l’Afrique du Nord et l’Asie Mineure.

A l’Ouest des territoires impériaux, la Confédération Bretonne ressemble à un havre de paix avec son réseau informatique, ses groupes d’entreprises technologiques et une agriculture auto-suffisante pour nourrir sa population. La crise de l’énergie a été évité de justesse, notamment grâce au Consortium Quéméré et à son président Jean-Yves Quéméré, multimilliardaire et héritier d’une holding industrielle séculaire. Les usines marémotrices et les immenses champs d’éoliennes lui permettent d’alimenter les villes en électricité. Les gisements fabuleux de téhachecium, minerais radioactif et hautement volatile, lui ont permis de faire main-basse sur les ports de l’ancienne marine française, devenue désormais sa milice personnelle.
Des dizaines de milliers de personnes essaient désormais de rejoindre ce pays afin d’y trouver paix, prospérité et nourriture.

Mais la réalité est bien loin du rêve armoricain. Petit à petit la Bretagne de Quéméré et de ses sbires annexe les territoires voisins encore relativement épargnés par les ravages. D’immenses lignes de défenses interdisent l’accès à ce nouvel Avalon, et des patrouilles surarmées patrouilles le long de ses côtes. Les fusiliers de Marine tirent à vue et les abords de la frontière sont parsemés d’immenses camps de réfugiés, attendant d’obtenir un visa leur permettant de se voir attribuer la nationalité bretonne. Encore faut-il qu’ils puissent prouver une quelconque appartenance à la culture celte, unique critère de sélection pour pouvoir trouver refuge dans ce qui semble être le dernier refuge de l’Ancien Monde.
Par dvb - Publié dans : Penn ar bed storiou - Communauté : Temps X
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Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /Juil /2009 11:04

sur le sujet imposé : "la vie sexuelle des super-héros"

Cesar___Bat_Bikini


«  Et si on disait que tu étais Batman et moi Batgirl ? Je serais prisonnière du Chapelier Fou et tu viendrais me délivrer de ses plans machiavéliques. Mmmm... et tu me trouverais enchainée et nue et à la merci des méchants, le cerveau tout retourné et apeurée. Il faudrait que tu trouves un moyen très ....mmm... pour me faire retrouver mes esprits. Hein mon chéri ? Qu'est-ce que tu en penses ? Batman et Batgirl ? Tous ces gadgets et ce cuir ... mmm... oh oui ! Viens à moi mon héros...
- C'ets pas du cuir, c'est du silicone !

-
Hein ?
- Je dis : « c'est pas du cuir, c'est du silicone ». Batman c'ets un guignol en plastique. Et vu que tu parles de gadgets, ben à part ses sextoys de luxe il a vraiment rien pour lui.

- On s'en fout ! Viens là et délivres moi.

- Parce que toi tu fantasmes sur le Batman maintenant. C'est nouveau ça !
- Oh arrête ! Regarde moi, je suis fragile, menacée et lascive.

- Pfff.... le Batman ! Tu m'aurais dit le Surfeur d'Argent j'aurai A LA LIMITE compris : un corps lisse mais musclé, un certain charisme silencieux, et cette façon de glisser... un peu comme moi finalement. Mais l'autre abruti avec sa cape de fantômette et sa fake moto, là tu me déçois.

- Mais qu'est-ce que t'as à la fin ?! Pourquoi tu fais ça ? T'es jaloux ou quoi ?

- Ah ! Jaloux moi ? Et en plus de ce ... de ce ...

- Mais on est là pour faire un jeu bon sang. C'est du fantasme, du jeu de rôle, de la mise en scène sexy !
- Parce que t'as vraiment besoin de ça ? Moi si je veux faire des « JEUX DE ROLES » j'allume ma Nintendo !

- Ce que t'es lourd !

- C'est pour ça qu'on m'appelle SteelMan tu te souviens ? L'Homme d'acier !

- Ouai ben des fois on ferait mieux de t'appeler Flash tiens !

- Comment ça ? Pourquoi tu dis ça maintenant ?

- Vu la vitesse à laquelle tu tires, t'es sûr de gagner le concours de vitesse Lapine !

- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ? Vas-y ! expliques-toi à la fin ! T'as un reproche à me faire « Batgirl »?
- Ouai ben si tu prenais un peu plus le temps de t'occuper de moi on aurait pas besoin d'en arriver là. Excuse moi si je veux profiter un peu avant que tu remplisses ta mission avec le talent et la rigidité de ta fameuse poigne de fer !  Des fois je me dis que j'aurai mieux fait de sortir avec Mister Elastix, au moins il aurait su m'enlacer lui !

- Pfff ! Je suis sûr qu'il bande mou !

- Ah oui ! Toi c'ets vrai que t'es dur comme l'acier tout les soirs...

- Oui ben excuse-moi d'avoir parfois des journées éprouvantes, fatigantes physiquement et nerveusement. Moi je n'ai pas un poste « administratif » planqué dans un bureau.
- Vas-y répètes pour voir !

- Quoi ? Tu vas me télépsyoniser c'est ça ? Tu vas faire de moi ton nouveau cobaye ? Tu vas me mettre dans le grand Cérébellum du grand professeur Xavier ? Hein ?! C'ets ça que tu veux me faire ?

- Oui ben si moi et les autres on bossaient pas à longueur de journée à l'Institut, les types comme toi auraient beaucoup plus de mal à se balader en slip et en collants dans les rues. Pédés que vous êtes !
- De Quoi ? Non mais ils paraissaient pas te rebuter tant que ça mes collants au bal de la promo à ce que je m'en souviennes. En fait c'ets toi qui est jalouse, avec tes petits-super pouvoirs de laborantine. Ah ... Ah ... qu'est-ce que tu ... Non ! C'ets de la triche !
- Tu es ma chose ! Tu es en Mon pouvoir ! Tu fais désormais ce que je t'ordonne. Et je t'ordonne d'enlever ton slip et de jouer à faire Batman !  Et surtout tu te retiens tant que j'ai pas joui !!! »

Par dvb - Publié dans : RP - réelles productions - Communauté : Temps X
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 09:39

Il y a peu de temps de celà, le thème de la session mensuelle de "la zone d'expérimentation" était : "Amours épistolaires par SMS", la contrainte était simplement de respecter les 150 caractères maximaux par message. J'en ai profiter pour faire un petit compte rendu de ce qu'on pouvait trouver dans le téléphone de Nath'... ça donne ça ^^

(les photos n'ont rien à voir, mais le propriétaire de la "ZEX" aime beaucoup qu'on illustre les textes... du coup je suis resté dans le thème du sms)

SMs, par dvb

 

sms


Reçu de : Mel
le 19/05 à 00:32


cé tro un myto! Il mavé juré kil la voyé + et la je sui devan le bar ou elle travail cet pétasse! Et devine ki est dedans à attendre la fermeture!

 

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Reçu de : Loik
le 19/05 à 00:46


bonuit toi ! Tu passe me voir demain matin ? On se refera le ptit dej kom l'otr jour

 

_______________________________________
envoyé à : Loik
le 19/05 à 00:48


Tu me soul ! Je T dit kil falait + kon se voit ! Jen ai maR de tes plans foireux ! Laiss moi fair ma vie! Adieu

 

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Reçu de : Mel
le 20/05 à 01:12


Elle a un pull! tu te rend conte! Il me trompe mêm pa avc 1 meuf bi1; il se tape un vieu ton obèze ki porte un pull moche! Jen ai maR cé tro la honte

 

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Reçu de : Dan Coeur
le 20/05 à 01:24


tu me manque trop. J'arrive pa à dormir sans toi, j'arrive pa respirer ou vivre tout simplement c'est trop difficile d'exister sans toi. Je t'en supp(... partie message manquant)

__________________________________________
Envoyé à : Dan Coeur
le 20/05 à 01:29


C bon arrête de chialer! Toi oci tu me fou la pression! Vous etes tous ke des imbécile, laissez moi fair ma vi ala fin. Tu vo pa mieu kun otr mec

 

_________________________________________
Reçu de : Loik
le 20/05 à 01:42


ônètemen jcroi ke jt'aime sérieux et ke jpeu taporté bi1 + de choz ke ton mec. Tu compt vrémen tsai pour moi. Vien me voir. Jte kiss

 

___________________________________________
Reçu de : Dan Coeur
le 20/05 à 01:57


Tu sais je t'aime réellement. Je tiens à toi plus qu'à n'importe qui. Tu es la SEULE, la VRAIE, plus jamais je connaitrai ça. Je t'aime Nath
_______________________________________
Envoyé à : Mel
le 20/05 à 02: 01


Ils commence à me gavé grave les 2. Veule pas me laisser faire ma vi. Yen a ki chiale et l'otr ki fait son cho. PUT1 koi ! Font chié les mecs

 

_____________________________________
Reçu de : Mel
le 20/05 à 02:08


Ta raison! Il fon tous pitié. Je les ai suivi en bagnole. Il se roule des patins dan la bagnol d'Antho. Jvai allé leur foutre la vexe dan la rue.a+

 

____________________________________________
Reçu de : Loik
le 20/05 à 02:13


Tu répon rien ma puce? Je pense a toi, a tes jambes et ton cor et tou skon a pu fair chémoi l'otr soir; tum manque grave
______________________________________________
Reçu de : Dan Coeur
le 20/05 à 02:14

Réponds moi je t'en supplie. Dis qqch ou je vais devenir fou. Tu veux que je vienne? J'ai tellement envie de te prendre dans mes bras

________________________________________________
Envoyé à : Loik
le 20/05 à 02:14


non jveu pa ke tu vienne! Toute façon jai largué Loik oci com ça T conten et puiske je peux pa choisir G + ka fair ma vi avec toi! C bon ta gagné

 

________________________________________________
Reçu de : Loik
le 20/05 à 02:17


Koi? Il viens chez toi? Tu retourne avec lui! J'arrive,jvai lui pété la gueule !

 

__________________________________________________
Envoyé à : Loik
le 20/05 à 02:19


put1 je sui claquée laiss moi dormir! On vera ca dem1. Tes tro lour

 

__________________________________________________
Reçu de : Dan Coeur
le 20/05 à 02:21


Je sui en bas de chez toi. Je t'attendrai toute ma vie si il le faut, mais je t'en prie parle moi

 

______________________________________________
Reçu de : Loik
le 20/05 à 02:24


tro tar je suis parti. Dans5 minute je sui chez toi et ça va chier salope !

 

______________________________________
Reçu le 20/05 à 02:24
Service client :

vous avez utilisé la totalité de votre forfait. Votre compte vocal/sms sera recrédité le 21/05 à minuit.

 

______________________________________
Reçu de : Mel
le 20/05 à 08:46


Je lé ai suivi toute la nui. il est parti chez elle et apré il a acheté D croissan pr venir me voir.il est a ma porte la,jsai pa si jdoi lui ouvrir


proximus_sms
Par dvb - Publié dans : feuilleton : JalousieS
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 09:34
« Le celte est à la mer ce que le set est à la table : il ne faut pas en renverser !»



Depuis des millénaires sud et nord-finistériens entretiennent une fière et virile compétition.
Au nord il y a le Léon et le Trégor, et puis aussi le pays pagan et le pays d’Iroise, mais au fond tout le monde s’accorde pour appeler tous des recoins le « Nord Finistère ». Au sud, c’ets plus compliqué : il y a les bigoudens, les capistes, les penn sardines, les glazicks, les sudistes, les anglais, les hollandais, les parisiens en vacances et les touristes, et bien que la plupart de ces gens là vivent à faible distance les uns des autres, ils ne s’accordent pas très bien entre eux sur les tenants et aboutissants de leurs guerres de clochers et de leurs délimitations frontalières.


Entre les deux il y a parait-il un « Centre Finistère », mais les ethnologues vous diront plus certainement que ce qui sépare finalement le Nord du Sud c’ets avant tout ce lieu symbolique qu’est la « Presqu’île », aussi sûrement que l’Aulne sépare la civilisation des sauvages !


Et par presqu’île j’entends évidemment celle de Crozon hein ! Parce que pour les ty zefs (les brestois de Brest’mêm’) quand on parle de la « Presqu’île » on peut tout aussi bien parler de la Presqu’île de Plougastel située dans les environs immédiates. Je signale également que les Abers ne sont pas constitutifs d’isthmes : des Abers sont des Abers point berre ! D’ailleurs en parlant de Plougastel, saviez-vous que lorsqu’un jour de Toussaint, le Maire adjoint arriva tout tremblant de terreur à la messe en annonçant haut et fort qu’il y avait le feu chez Le Gall,l’église se vida à moitié d’un coup ? Mais elle ne se vida complètement que quelques instants plus tard lorsqu’il claironna que l’incendie se propageait chez Kervella (pour l’explication allez donc jeter un coup d'œil à l’annuaire de Plougastel entre les lettres K et L ^^).


Ainsi donc si les sudistes ne s’accordent sur pas grand-chose, il en est une sur laquelle il ne fait aucun doute : ils ont pour ennemis jurés les Nord-Finistériens. Et ça ne fait aucun
doute ! La querelle avait déjà été remarquée à l’époque du Roy de France, lorsque d’éminentes éminences avaient tentées de décrire les us et coutumes de ces rustres de bas bretons. Il était alors d’usage de cantonner le bas breton à son image de glaouche mal dégrossi mais bon catholique, familier du purain et des sabots, du chouchen et de la cuisson au beurre salé, mais aussi indécrottable radin. Ah oui ! Et Dieu sait à quel point là aussi il y
avait matière à compétition, tant et si bien qu’un jour il fut décidé de savoir lequel des deux, d’entre le Léonard et le Bigouden, avait le plus de ressemblance avec l’oursin de son portefeuille. Afin donc de déterminer lequel des deux était le plus avare, on procéda ainsi à ce test peu subtil, certes, mais ô combien révélateur : on suspendit tout d’abord le Léonard à la poutre centrale de la charpente d’une maison traditionnelle de Saint Rivoual, située à mi-distance entre les deux pays. On le souleva donc par la ceinture, et on le vit s’accrocher au plafond, puis tenir tout seul sans autre aide que ses doigts tant ils étaient crochus et acérés de par l’habitude de compter petite monnaie et lettres de change. Et il tenait, avec ses deux mains crispées, et il s’accrochait tellement il était radin.


Afin de savoir à quel point le Bigouden était radin, on procéda sur lui au même exercice : on le souleva par la ceinture et d’une main, d’une seule, il tint au plafond tant ses doigts étaient crochus et griffus comme ceux d’un rapace. Il était tellement radin qu’il en aurait fait rougir
Arpagon lui-même, et tandis qu’il était soutenu par une seule et unique main il en profita pour fouiller la poche du Léonard de sa main libre.


Depuis ce jour il ne fut plus permis aucun doute quant à la réputation des bigoudens. D’ailleurs il n’est pas rare de voir encore de nos jours voler des nuées de corbeaux sur le dos alors qu’ils survolent Pont l’Abbé, afin de ne pas voir la misère qui gît en dessous, ou encore de voir à Penmarch, sécher les carrés de papiers hygiéniques pour ne pas les gaspiller.


Quoi qu’il en soit, la concurrence perdure encore aujourd’hui, et il est de tradition que nord-finistériens et sud-finistériens se retrouvent le dimanche après-midi après la messe et le déjeuner, sur la Presqu’île - la grande, la vraie, celle de Crozon-Morgat en somme – afin de s’y battre et de mettre un terme définitif à cette querelle millénaire. Mais, systématiquement, tous les dimanches depuis des siècles, les seuls vainqueurs dominicaux sont les sempiternels nord-finistériens. En aucune occasion les sudistes n’ont jamais failli à cette troublante série d’échec. Pourtant les belligérants en présence sont d’égales force et puissance. Mais rien n’y fait.

Un jour, terrassé par ses compatriotes mais néanmoins adversaires, un sudistes se détacha du lot (ou plutôt de la charpie répandue) et vint trouver un nordiste. Il se tint dès lors ce discours :



« Et toi, le Léonar’ ?! pourquoiqu’nous les gars du sud' on vous gagne jamais noudidiou ?! on est pourtant l’plus forts et l’plus costauds ? alors pourquoiqu’donc c’est que vous qui nous gagnez d’puis toujours gast ?!

- Mais oui effectivement mon cher. Vous êtes à n’en pas douter les plus forts d’entre nous. Mais savez-vous ami, nous, nord-finstériens, avons bien plus que la seule force pour vaincre.

- ah bon ?!

- Mais oui ! Parce qu’en plus de la force, nous possédons : l’intelligence !

- gnein ?! lintéqué ?

- l’intelligence !

- gnein ?! lintéqué ?

- l’intelli… attends ! Je vais te montrer ! Tu vois cet arbre ici à côté de nous ?

- voui !

- Regarde bien : je mets ma main posée tout contre son écorce. A présent, frappe cette main de toutes tes forces. N’aie pas peur, et ne retiens pas ton coup.»

A ces mots, le sud-finistérien, ne pouvant refuser une telle aubaine d’enfin faire mal à un adversaire, lance sa main fermée de toutes ses forces en direction de l’arbre. Mais en un geste aussi vif qu’intelligent, le nord-finistérien retire promptement sa main au dernier moment pour voir le poing de son malheureux congénère s’écraser contre l’écorce aussi dure que le granit de Perros Guirrec.

Hurlant de douleur et de rage, le pauvre bigouden se recroqueville autour de son membre endolori.

« Tu vois ! C’est ça l’intelligence !
- L’intelligence !
- Et oui mon bon ami ! c’est avec cette aide précieuse que nous gagnons depuis l’aube des temps.
- Ayé tout compris ! jvais l’dire à tous mes potes et maintenant vous nous gagnerez plus le dimanche ! »

Et c’ets sous le regard amusé du nord-finistérien, que le bigouden s’en va rejoindre les siens, afin de leur dévoiler sa découverte.

Ainsi il arrive quelques minutes plus tard à Quimper, sur le parvis de Saint Corentin où les siens pansent leurs plaies.

« hey ! les gars ! venez tous voir ! j’ai un secret à vous dire ! clame-t-il à la foule ébaubie. A partir de maint’nant on perdra plus jamais la bataille le dimanche. Parce qu’on a : l’intelligence !
-Gnein ?! s’étonne la foule. L’intéqué ?
-L’intelligence !
-Gnein ?! se demande la foule. L’intéqué ?
-L’intelli… attends je vais vous montrer. Toi viens là ! Un arbre ! Il me faut un arbre ! Ya pas d’arbre ?! »


Ne trouvant pas d’arbre à portée, le héros du dimanche, brandit sa main devant sa face.


« toi, vas-y, frappe ma main ! »
Par dvb - Publié dans : Penn ar bed storiou - Communauté : Bonjour de Bretagne
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